Depuis le lancement de l’anime Hokuto no Ken, nous avons fait le choix de rester sur le ton de l’information, annoncer, résumer, documenter. Après cinq épisodes, il est enfin temps de dire ce qu’on pense vraiment de ce nouvel anime.
Passé la nostalgie, le constat est amer
Soyons honnêtes d’abord avec nous-mêmes, une partie de la déception que beaucoup ressentent face à cet anime vient de la nostalgie et de l’amour que nous portons à la série originale. La voix de Kamiya Akira, le générique de Crystal King, l’intensité des combats etc… tout ça fait partie d’une expérience fondatrice pour une génération entière de fans, et aucun anime remis aux goûts du jour ne peut rivaliser avec ça. C’est une bataille perdue d’avance. Passé ce constat, il faut regarder ce que cette série est réellement, pas ce qu’on aurait voulu qu’elle soit.
Le tableau est contrasté. Oui, c’est une déception. Non, tout n’est pas à jeter. Loin de là.
Ce qui ne va pas
La CGI est totalement indéfendable. Certains plans sont propres et certains combats démarrent avec une fluidité qui surprend, et puis soudain une transition ratée ou une scène entière sabotée par la CGI. Cette incohérence esthétique entre les plans d’un même épisode, parfois d’une même scène, est peut-être le défaut le plus difficile à accepter. On aurait pu tolérer une CGI homogène, même si elle avait été imparfaite.


Les animations faciales constituent un problème récurent. Pendant les combats, on peut parfois oublier les limitations techniques tant le rythme l’emporte. Mais dès qu’un personnage parle ou exprime une émotion, le masque tombe, les visages sont figés et les regards ne transmettent rien. Dans une série où la psychologie des personnages est l’un des points fort, cette lacune pèse lourd.
Ce qui rend tout cela d’autant plus frustrant, c’est que la CGI de qualité existe dans l’animation japonaise. Beastars, Knights of Sidonia, Dorohedoro, ces séries prouvent que le format peut produire des résultats visuellement convaincants, immersifs, parfois même sublimes. Ce n’est donc pas une fatalité du format CGI, c’est une question de budget, de temps et de studio. L’anime 2026 n’a pas bénéficié des ressources que le projet méritait, et ça se voit.
La transition entre les séquences 2D et la CGI est souvent brutale. Les deux esthétiques se succèdent sans liant, créant des ruptures qui cassent l’immersion au moment même où on commençait à y entrer. Et quand les combats fonctionnent, quand le rythme s’emballe et que Kenshiro enchaîne les techniques avec l’énergie qu’on espérait, ces problèmes finissent par gâcher toute la scène.

L’épisode 5 et le combat final contre Shin concentre un autre problème selon nous, les scénaristes ont introduit une technique visuellement empruntée au jeu de combat d’Arc System Works. L’oeuvre originale est pourtant assez riche pour ne pas aller piocher des idées venant d’un autre support. D’autant plus que le respect de l’oeuvre originale est l’argument principal de la série.
Un autre point qui mérite d’être soulevé c’est le choix récurrent du fond blanc pendant les séquences de combat. L’intention est compréhensible, effacer le décor pour concentrer toute l’attention sur l’action et les mouvements des combattants. C’est une technique utilisée dans le manga, où le vide de la page blanche sert l’intensité du moment. Mais à l’écran, l’effet est inverse. Là où le manga peut se permettre ce vide car le dessin de Hara suffit à remplir l’espace, l’animation a besoin du décor pour créer la profondeur, le mouvement et l’immersion. Sans environnement, les combats se déroulent dans un espace abstrait qui casse la dynamique plutôt que de l’amplifier.



Ce qui va
Le respect de l’histoire. C’est pour nous le point le plus important, et il ne souffre pas de discussion, l’anime 2026 respecte le scénario du matériau source. L’arc Shin est traité avec sérieux, la psychologie des personnages est là, les enjeux sont posés correctement. Pour nous c’est un critère fondamental, et il est rempli.
Le doublage japonais est excellent. Takeuchi Shunsuke en Kenshiro, Kusunoki Taiten en Raoh, Yusa Koji en Shin, le casting est à la hauteur de l’enjeu. Les voix sauvent des scènes que l’animation aurait autrement enterrées. Regardez l’anime en VOSTFR et vous retrouverez une grande partie de l’intensité qui manque dans les versions doublées.
La musique de Yuki Hayashi accompagne sans s’imposer, ce qui est exactement la bonne approche pour une franchise avec une bande originale aussi chargée émotionnellement.
Certains passages de combats sont réellement dynamiques et montrent ce que la série pourrait être si elle était visuellement cohérente du début à la fin. Le sang est là, la violence aussi, l’absence de censure témoigne d’un respect du ton de l’oeuvre originale qu’on ne peut que saluer.



Hokuto no Ken a-t-il jamais bénéficié de bons portages animés ?
Notre réponse est non, à une exception près.
L’anime de 1984, notre référence nostalgique à tous, était une production Toei avec les contraintes de l’époque, incohérences visuelles entre les épisodes, qualité d’animation variable, fillers qui diluent le rythme du manga, censure (sang bleu, violence atténuée), mais nous l’aimons malgré ses défauts. Masami Suda, décédé en 2021, est le vrai père visuel de cette série. C’est sur le film de 1986 qu’il a pu porter le character design et le rendu graphique à leur niveau le plus élevé, avec le temps et le budget qu’une série hebdomadaire ne permettait pas. Ce film reste pour nous la seule adaptation animée qui ait vraiment mis en valeur le trait de Tetsuo Hara, et c’est précisément pour ça qu’on ne l’a pas mis dans la balance.

Shin Hokuto no Ken (2003) est un cas à part, basé sur le roman Jubaku no Machi de Buronson et Hara plutôt que sur le manga original. Sa technique 2D est correcte, tout comme son animation, c’est à peu près tout ce qu’on peut en dire. Kenshiro y est lymphatique, le scénario original présente peu d’intérêt narratif réel, et les gens en ont surtout retenu le gore et la violence, ce qui est loin de sauver l’ensemble.
Les films Shin Kyūseishu Densetsu (2006-2008) ? Direction artistique incohérente d’un film à l’autre, animation et character design souvent bâclés, personnages fillers inutiles introduits pour épaissir des scénarios creux. Rappelez-vous comment ils ont mis des personnages iconiques comme Rei au placard pour donner du temps à des personnages sans relief, la palme revenant à Tobi le chien dans le Yuria Den. Rappelez-vous du combat final contre Raoh dans le second volet qui lui est consacré. C’est l’un des sommets dramatiques du manga, ils l’ont tout simplement massacré.



Sôten no Ken n’en parlons pas. Le manga de Hara est visuellement son oeuvre la plus aboutie, les décors des années 30 en Chine, les costumes, la précision historique, le trait arrivé à maturité. L’adaptation anime de 2006 l’a massacré. Regenesis en CGI (2018) n’a même pas atteint le niveau de ce qu’on critique aujourd’hui dans l’anime 2026.



Le comble dans tout ça ? Le portage anime le mieux réalisé techniquement de ces vingt dernières années dans l’univers HNK ne se trouve ni dans une série TV ni dans un film, mais dans les animations de pachinko Sammy. Des séquences courtes, au character design fidèle, à l’animation fluide et à la direction artistique soignée, produites non pas pour raconter une histoire mais pour faire tourner des machines à sous. L’argent, quand tu nous tiens !
Ce qu’on attend de la suite
Le travail de Tetsuo Hara a rarement été mis en valeur en animation. C’est un constat lucide, pas un argument pour défendre l’anime 2026 à tout prix. Mais c’est un contexte indispensable pour juger cette nouvelle série à sa juste valeur plutôt que de la comparer avec ce qui a déjà été fait.
L’anime 2026 a les bonnes intentions narratives. Il a le bon casting. Il a le bon respect du matériau source. Ce qu’il n’a pas, c’est la cohérence visuelle et la maîtrise technique qui lui permettraient d’être à la hauteur de l’ambition affichée. Tetsuo Hara lui-même a demandé de la patience. On lui en accorde, avec les arcs qui arrivent, l’anime 2026 aura d’autres occasions de nous convaincre. Ou de nous confirmer ce qu’on redoute.
Rendez-vous demain pour le débriefing de l’épisode 6 disponible demain sur prime video
