Un fan français s’est lancé un défi immense : recréer toutes les scènes censurées du film d’animation Hokuto no Ken de 1986, dont la version originale non censurée est aujourd’hui considérée comme perdue. Derrière le projet Hokuto No Ken The Movie – Uncensored Project, un travail d’animation entièrement réalisé à la main, frame par frame. Nous avons pu poser quelques questions à son créateur pour comprendre l’ampleur du chantier.
Sorti en 1986, le film Hokuto no Ken est resté gravé dans la mémoire de toute une génération. Mais peu savent que le film, à l’origine produit sans censure, a été partiellement censuré après sa sortie en salles. Plusieurs scènes jugées trop violentes ont été recouvertes d’effets de flou et de filtres colorés, et la version intégrale n’a, à ce jour, jamais refait surface.
Il existe néanmoins quelques traces partielles de la version d’origine. Les VHS italiennes éditées par Granata Press en 1993, puis rééditées par Dynamic Italia en 1996, contiennent un petit nombre de scènes laissées intactes. La scène où Shin grave les sept blessures sur le torse de Kenshiro, l’explosion d’un sbire de Zeed devant Bat, ou encore le passage où un sbire de Raoh écrase la tête d’un villageois. D’autres plans non censurés apparaissent aussi dans les bandes-annonces japonaises d’époque, notamment le fameux plan où Rei tranche une tête. Mais ces sources restent extrêmement limitées, et surtout, la qualité d’image des VHS est aujourd’hui désastreuse face aux standards modernes.
C’est ce manque que HNK Uncensored Project entend combler. Sur sa page Patreon, son créateur, fan français de longue date, résume sa démarche : « Mon projet est simple : recréer les parties censurées en restant le plus fidèle possible au style original de l’œuvre. »
Interview du créateur du projet
Nous avons pu échanger avec l’instigateur du projet. Voici ses réponses, qui détaillent sa méthode de travail, les sources utilisées et l’avancement réel du chantier.
Quelles sources utilises-tu comme matériel de base ?
« Je pars d’une version 4K du film, car c’est actuellement ce qu’il y a de plus propre en termes de qualité d’image. Pour l’instant, je me consacre entièrement à la reproduction des scènes censurées.
Une personne se faisant appeler InfoSlaver m’a contacté sur Reddit afin de proposer son aide pour le montage final. Il m’a montré son travail de remasterisation et son expérience sera précieuse pour obtenir une version du film la plus homogène possible au niveau de l’image. »
Quelle est ta méthode de travail pour recréer les plans censurés ?
« Le but est avant tout d’être le plus fidèle possible au style graphique du film original. Je réalise une capture de chaque frame, puis je les intègre dans Procreate. Je travaille sur iPad avec un Apple Pencil, donc chaque frame est entièrement redessinée à la main, une par une.
Je commence généralement par décalquer les premières frames, qui restent assez lisibles. Les choses deviennent beaucoup plus compliquées lorsque la censure est très présente. Dans ces cas-là, je m’appuie sur les quelques éléments encore visibles, mais aussi sur mon interprétation de ce qui est censé apparaître à l’écran, tout en essayant de respecter au maximum le style global du film et la continuité des frames précédentes. C’est un véritable travail d’animation.
L’IA intervient uniquement pour la génération des arrière-plans. Dessiner les personnages ne me pose pas vraiment de problème, mais les décors sont clairement un domaine dans lequel je suis moins à l’aise. »
Combien de temps prend une scène, et où en es-tu aujourd’hui ?
« Cela dépend énormément des scènes. Certaines nécessitent une vingtaine de dessins, d’autres plus de quarante, voire plus de cinquante dans le cas de la mort de Zeed.
Pour un seul dessin, je peux passer entre une et deux heures de travail. Cela inclut toute la phase d’analyse nécessaire pour récupérer le moindre détail encore visible afin de rester au plus proche de l’original, voire même corriger certaines incohérences présentes dans le film. Par exemple, Zeed est censé avoir des plumes jaunes sur son plastron, mais elles disparaissent dans la scène originale. Je les ai donc réintégrées afin de respecter le design initial du personnage.
La scène de la mort du soldat du clan Fang m’a demandé environ deux semaines de travail. Celle de Zeed me prend déjà depuis plus de deux semaines et il reste encore beaucoup à faire. À l’heure actuelle, j’ai entièrement recréé trois scènes et je travaille sur la quatrième. Après cela, il restera encore sept scènes à reproduire.
Et bien sûr, même les scènes terminées sont amenées à être retravaillées et améliorées avec le temps. J’ai commencé le projet en mars, donc si tout se passe bien, j’espère pouvoir le terminer d’ici la fin de l’année ou le début de l’année prochaine. »
Es-tu seul sur le projet et comment comptes-tu le distribuer ?
« Cela reste évidemment une estimation, puisque je travaille seul sur ce projet et qu’il ne s’agit pas d’une production professionnelle, mais avant tout d’un travail de passionné. Seules les parties liées au montage final et à l’homogénéisation de l’image seront réalisées avec de l’aide extérieure.
Le principal problème concerne évidemment la distribution, puisqu’on touche ici directement au droit d’auteur. Je ne possède évidemment aucun droit sur le film lui-même, ce qui complique énormément les possibilités de diffusion.
Une solution envisagée serait peut-être de partager uniquement les scènes restaurées et non censurées, afin que les fans puissent réaliser leurs propres montages. J’essaie encore de réfléchir à la meilleure manière de rendre ce travail accessible sans poser de problème juridique. Si certaines personnes ont des idées concrètes à ce sujet, je suis évidemment à l’écoute.
Je tiens aussi à rappeler qu’il s’agit avant tout d’un projet réalisé par passion, sans objectif professionnel, avec l’envie de proposer aux fans une version plus fidèle à l’œuvre originale et de combler certains manquements de la TOEI. »
Un travail de fourmi qui force le respect
Difficile de ne pas saluer l’ampleur du chantier. Là où la plupart des projets de fan-edit se contentent d’assembler des sources existantes, Hokuto no Ken The Movie – Uncensored Project est un véritable travail d’animation, dessiné à la main image par image, avec un souci du détail poussé à son maximum. Le rythme moyen d’une à deux heures par dessin, sur des scènes qui peuvent en compter cinquante ou plus, donne une idée concrète du temps investi. L’objectif d’une livraison fin 2026 ou début 2027 reste ambitieux mais cohérent avec le rythme de travail décrit.
Soutenir le projet HNK Uncensored
Le créateur a ouvert une page Patreon pour faire connaître son projet et fédérer une communauté autour du chantier. Vous pouvez le suivre et le soutenir via les liens ci-dessous :
On suivra évidemment l’avancée du projet de près sur Hokuto Chronicles, et nous ne manquerons pas de revenir vers son créateur pour faire le point dans quelques mois. Le travail abattu jusqu’ici impose le respect, et la communauté Hokuto no Ken attend le résultat avec impatience.
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