mercredi 28 octobre 2026
« Ce qu’il y a au fond, c’est l’amour » : Tetsuo Hara raconte Bonolon (Oricon News, 2021)
Interview 2021 · Tetsuo Hara

« Ce qu’il y a au fond, c’est l’amour » : Tetsuo Hara raconte Bonolon (Oricon News, 2021)

Fiche technique

Date
15 février 2021
Type
En ligne
Intervieweur
Oricon News (rédaction)
Protagonistes
Tetsuo Hara
Traduction
Hokuto Chronicles
Résumé En février 2021, à l'approche du centième numéro de Mori no Senshi Bonolon, Tetsuo Hara répond à Oricon News sur l'album pour enfants qu'il produit depuis 2005. Il en fait remonter l'origine à son expérience de père, décrit un personnage bâti sur Frank Frazetta et la silhouette du sumo, explique ce que Bonolon partage avec Kenshiro, l'attention que les gens se portent, et livre le mot qui lui tient lieu de conviction, le mōkorita, s'oublier soi-même pour agir pour autrui.

Le 15 février 2021, à l’approche du centième numéro de Mori no Senshi Bonolon, Oricon News publie un entretien avec Tetsuo Hara, producteur de l’album pour enfants distribué gratuitement dans les Seven-Eleven et les Denny’s depuis 2005 avec le soutien de Seven Bank. Neuf questions, sur la naissance du projet, la conception du personnage, ce que Bonolon partage avec Kenshiro, et ce qui fait dessiner Hara.

« Ce qu’il y a au fond, c’est l’amour »

Un album né de son expérience de père

Oricon. Vous avez dessiné du manga jusqu’ici. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de produire un album pour enfants ?

Hara. En élevant mes enfants, j’ai vu que les personnages d’albums et d’animes touchaient les enfants. C’est le point de départ. À l’époque où je dessinais Hokuto no Ken et Hana no Keiji dans le Weekly Shōnen Jump, la façon de vivre des personnages principaux pouvait donner des repères aux garçons. J’ai eu envie de m’adresser ensuite à des enfants plus jeunes. J’en ai parlé à Seibō Kitahara, l’auteur de Bonolon, et l’occasion m’a été donnée de concrétiser.

Oricon. L’album est distribué gratuitement dans tout le pays. De quelle intention est partie cette gratuité ?

Hara. Je voulais que de belles histoires arrivent aux enfants sans que le milieu familial entre en jeu. Pour qu’aucun enfant qui veut lire ne se retrouve empêché, nous avons choisi la gratuité et la distribution en supérette, un endroit facile d’accès. C’est cette intention partagée qui nous a réunis avec Seven Bank.

La conception du personnage

Oricon. De quelle image est né Bonolon, le personnage principal ?

Hara. J’ai conçu le personnage dans un univers qui mêle le japonais et l’occidental, avec le japonais en touche cachée. Mon dessin est marqué par les peintures très contrastées, de style baroque, du peintre américain Frank Frazetta. J’ai trouvé intéressant d’y joindre la silhouette du lutteur de sumo, qui est une image japonaise. La forme de la tête reprend donc le chignon ōichō. L’arrangement général est occidental, mais ce que Bonolon porte à la taille est un mawashi. Enfin, la sonorité du nom Bonolon évoque quelque chose de rond, alors je lui ai mis une collerette toute duveteuse autour du cou.

Le fond commun avec Kenshiro

Oricon. Les lecteurs de vos œuvres, à commencer par Hokuto no Ken, sont souvent devenus parents. Certains disent apprécier d’y retrouver le style Hara, les larmes et la tristesse. Quels retours avez-vous eus des lecteurs de vos œuvres passées ?

Hara. Ce n’est pas le siècle finissant où vivait Kenshiro, c’est un univers de personnages attachants, alors certains sont surpris. Mais chez les jeunes parents, la lecture à voix haute avec l’enfant paraît devenir un moment qui compte.

Oricon. On lit des réactions comme « je faisais la lecture à mon enfant et j’ai failli pleurer moi-même » ou « je le lis depuis des années ». L’album compte beaucoup de lecteurs adultes. Y a-t-il un point auquel vous tenez pour que le plus grand nombre s’y retrouve ?

Hara. Au fond de l’œuvre, il y a l’attention que les gens se portent les uns aux autres. J’ai montré l’amour à travers l’attention que les personnages manifestent. Je crois que cette attention est présente en l’homme dès le départ. Mais on l’oublie facilement, alors il me paraît important de la montrer encore et encore. En observant mes enfants, j’ai remarqué qu’un enfant de moins d’un an peut pointer du doigt pour attirer le regard et détendre ses parents. Il ne faut pas laisser passer ces marques d’attention propres aux enfants. Je mesure la responsabilité de celui qui veille sur eux.

Oricon. Qu’est-ce qui a permis, selon vous, de poursuivre la publication pendant quinze ans ?

Hara. Parce que Seven Bank a soutenu Bonolon longtemps, avec la volonté ferme d’agir pour l’avenir des enfants. Bonolon atteindra son centième épisode avec le numéro de décembre 2021. Cela tient aussi à la capacité de Seibō Kitahara à produire des histoires sans s’arrêter, et à celle de Gō Nagayama à dessiner sans s’arrêter.

Dessiner comme un mandat du ciel

Oricon. Avec l’épidémie, le temps passé en famille a augmenté, et chacun l’emploie à sa façon. Quel rôle cette œuvre peut-elle tenir dans une époque pareille ?

Hara. Je serais heureux que cet album serve d’occasion aux parents et aux enfants de passer du temps ensemble. En faisant quelque chose avec son père et sa mère, l’enfant reçoit l’affection comme une nourriture, et il se prépare à sortir un jour dans le monde. Quelle que soit la situation, et même modestement, si l’on prend soin de ces moments où parents et enfants sont face à face, ils nourriront à coup sûr la croissance de l’enfant.

Oricon. Quand l’album atteindra vingt ou trente ans, y a-t-il une chose que vous ne voudrez pas voir changer ? Et un sens dans lequel vous voudriez le voir évoluer ?

Hara. L’intention n’a pas changé depuis le début : que cet album resserre le lien entre parents et enfants. Je veux continuer à transmettre cela. Le fond ne change pas, mais je pense qu’il faut adapter la manière de dire pour que le lecteur reçoive le message dans son époque.

Oricon. Vous continuez aujourd’hui encore de produire des œuvres. Dites-nous votre conviction de créateur.

Hara. Après avoir dessiné jusqu’ici, il m’arrive de me demander si ce n’est pas un mandat reçu du ciel. Quand je dessine, j’ai le sentiment qu’une divinité m’approuve. À l’inverse, quand je me relâche, rien de bon n’arrive. (rires) Au début, ma mère se réjouissait des dessins que je faisais par plaisir, et ça me rendait heureux. Puis je me suis mis à dessiner en imaginant des gens nombreux, enfants et adultes, qui y prendraient plaisir. Chez moi, la joie des autres est ma propre joie. Quand je dessine, je m’oublie et je me plonge dedans. Je dirais même que, souvent, on ne fait du bon travail qu’en faisant le vide en soi. Je n’ai pas de conviction à proprement parler, mais s’il fallait en nommer une, ce serait le mōkorita, ce mot bouddhique qui désigne le fait de s’oublier soi-même pour agir en faveur d’autrui. Dessiner en s’oubliant conduit à servir les autres, et il en revient quelque chose. Que chacun reçoive en retour du bonheur.

Note de lecture

Hara nomme Seibō Kitahara, l’auteur des histoires de Bonolon. C’est Oricon qui précise entre parenthèses que ce nom de plume est celui de Nobuhiko Horie, son responsable éditorial du temps de Hokuto no Ken.

Sources

  • Oricon News, « ケンシロウとの共通点も? 『北斗の拳』作者・原哲夫が絵本に込めた想い「根底にあるものは「愛」」 », 15 février 2021, oricon.co.jp/special/55880, deux pages. Consulté le 31 août 2026.

Citations traduites et fiche établie par Hokuto Chronicles à partir de la publication originale. Fiche publiée le 6 septembre 2026, mise à jour le 23 octobre 2026. © 2026 Hokuto Chronicles. Toute reprise, même partielle ou reformulée, doit citer Hokuto Chronicles avec un lien vers cette page.