
« Tous les personnages qui meurent, c’est du gâchis » : Buronson en 1986, en pleine parution de Hokuto no Ken (All About The Man)
Fiche technique
- Date
- 5 septembre 1986
- Type
- Livre / databook
- Intervieweur
- Rédaction du Weekly Shōnen Jump (non crédité)
- Protagonistes
- Buronson
- Traduction
- Hokuto Chronicles
En 1986, en pleine parution de la série, le Weekly Shōnen Jump publie un numéro spécial grand format entièrement consacré à Hokuto no Ken, All About The Man. Le numéro réserve une page de portrait à chacun des deux auteurs. Celle de Buronson, en page 29, est suivie en page 30 d’une interview en vingt questions, menée par la rédaction, sur ce qu’il a voulu montrer, ses personnages, son travail avec Tetsuo Hara et l’usure de la série. L’interview de Tetsuo Hara, deux pages plus loin, répond à un questionnaire très proche. Traduit par nos soins.
« Tous les personnages qui meurent, c’est du gâchis »
Jump. Pour commencer, dites-nous ce que vous vouliez montrer dans Hokuto no Ken.
Buronson. Je ne réfléchis pas à des choses compliquées. C’est plutôt mon ressenti… Enfin, si on le dit de façon raisonnée, c’est qu’il existe aussi des hommes comme ça. Une image de l’homme à laquelle on rêve, quelque chose comme ça.
Jump. Depuis que vous travaillez sur la série, y a-t-il eu des anecdotes amusantes ?
Buronson. Ce n’est pas vraiment amusant, mais le frère cadet d’une personne venue m’interviewer avait un peu mal tourné, et depuis qu’il a lu Hokuto no Ken, il réfléchit avant d’agir, paraît-il.[1]
Jump. Entendre ce genre d’histoire vous fait plaisir, j’imagine ?
Buronson. Oui. Ça fait plaisir, forcément.
Jump. En dehors de Kenshiro, quels personnages aimez-vous ?
Buronson. Je les aime tous. Tous sauf Kenshiro. Kenshiro est trop parfait, alors que les autres personnages ont tous une part qui n’est pas parfaite, non ? Ces personnages-là, je les aime davantage, sur le plan humain.
Jump. Quels personnages ont été faciles à construire, et lesquels difficiles ?
Buronson. Le plus facile, c’est Raoh. Parce qu’il est direct. Les personnages qui ne font qu’avancer sont faciles à construire. À l’inverse, le plus difficile, c’est le héros. Parce qu’il y a des contraintes.
Jump. Quels personnages auriez-vous voulu développer davantage ?
Buronson. Huey du Vent, par exemple. Parmi les Cinq Étoiles du Nanto, ceux qui meurent, c’est à chaque fois du gâchis.
Jump. Quelle est la scène de Hokuto no Ken qui vous a le plus marqué ?
Buronson. L’arrivée de Raoh, sans doute.
Jump. Avant la série hebdomadaire, il y a eu dans Fresh Jump le Hokuto no Ken original de Tetsuo Hara, repris dans ce numéro. Que pensez-vous de cette œuvre ?
Buronson. Je l’ai lue une fois la série hebdomadaire décidée. Pour parler clair, je me demandais avec inquiétude combien de temps ça allait plaire. Ce qui fait son intérêt, c’est l’idée des arts martiaux, non ? Le jour où les lecteurs s’en lassent, c’est fini. Enfin, la direction a changé au bout de six mois environ.
Jump. Et Hara ?
Buronson. C’est un auteur remarquable. Son travail frappe, et c’est un débutant qui restera dans l’histoire du manga, je crois.
Jump. Y a-t-il un écart entre le scénario et ce qu’il devient une fois dessiné ?
Buronson. La plupart du temps, c’est meilleur une fois dessiné qu’au stade du texte. Du coup, pour ne pas être en reste, j’écris quelque chose d’encore plus fort. C’est une bagarre, dans le bon sens du terme.
Jump. Et les personnages ?
Buronson. Il arrive qu’un personnage de second plan rende très bien. J’ai déjà changé mes plans pour lui donner un vrai rôle. C’est ce qu’on appelle une histoire qui part du dessin.
Jump. Et Hara ?
Buronson. Ce qui m’inquiète, c’est son physique. Pour le talent, je ne me fais pas de souci. Enfin, disons qu’on va y aller doucement, tous les deux.
« Je peux enfin parler de mon propre travail »
Jump. Quels auteurs ou quelles œuvres prenez-vous pour modèles ?
Buronson. Hiroshi Motomiya, Tetsuya Chiba, des gens comme ça.
Jump. Qu’est-ce qui retient le plus votre attention en ce moment ?
Buronson. Les films de Sylvester Stallone, ceux de Spielberg. Parce que j’aime les œuvres divertissantes.
Jump. Depuis que vous avez commencé à écrire Hokuto no Ken, trouvez-vous que vous avez changé ?
Buronson. La condition physique. Et je me suis beaucoup usé nerveusement. Parce qu’on ne peut jamais souffler. Mais j’ai fini par avoir le sentiment d’être devenu un auteur.
Jump. C’est-à-dire ?
Buronson. Parce que ça a marché, tout simplement. J’en tire une satisfaction, et ça m’a donné confiance. Je peux enfin parler de mon propre travail.
Jump. À l’avenir, en dehors de Hokuto no Ken, y a-t-il des projets que vous aimeriez mener avec Hara ?
Buronson. Oui. Deux, à peu près. On a fini par comprendre chacun ce que l’autre a de bon.
Jump. Pouvez-vous nous parler de ces deux idées ?
Buronson. Là, non. Je ne peux pas en parler. De toute façon, Hokuto no Ken en a encore pour un moment, donc je pense que ça ne sortira pas avant plusieurs années.
Jump. Pour finir, si vous surviviez à une guerre nucléaire, que seriez-vous en train de faire ?
Buronson. Voleur, sans doute. J’aimerais bien être de ceux qui prennent la tête d’un groupe pour maintenir l’ordre, mais dans la réalité, hein. Je me dis que les gens sont forcément de l’un ou l’autre côté. C’est pour ça que dans Hokuto no Ken, j’ai montré les deux. Seulement, aujourd’hui, si je m’en tiens là, ça devient répétitif, alors je me donne du mal. Le répétitif, ça fait peur.
Jump. Et dans ce monde-là, si vous rencontriez Kenshiro, que feriez-vous ?
Buronson. Je le suivrais. Parce que j’ai construit Kenshiro comme un personnage que tout le monde a envie de suivre. Si moi-même je ne le faisais pas, ce serait un mensonge.[2]
Note de lecture
Les deux intertitres de la page, dont celui repris en tête de cette fiche, sont de la rédaction, qui les a tirés de deux réponses de Buronson. La page de portrait porte aussi un titre à la première personne, « Raoh visait le trône impérial et la suprématie, et il est mort par amour. Sa fureur, moi, je l’ai aimée » (帝王・覇王をめざして愛ゆえに死したラオウの激情を、おれは愛した). C’est une formule de la rédaction, qui ne figure pas dans l’interview. L’encadré de profil de la page de portrait, qui relève du numéro et non de Buronson, le présente sous son vrai nom, Yoshiyuki Okamura, né le 16 juin 1947 dans le département de Nagano, entré en 1963 dans le corps des élèves de la Force aérienne d’autodéfense, auteur de Pink Punch Miyabi pour ses débuts et du grand succès Doberman Deka en 1975, avec Shinji Hiramatsu au dessin, et qui signe aussi sous le nom de plume Shō Fumimura.
- ↑ Dans cette réponse, Buronson rapporte une histoire qu’on lui a racontée (んだって), d’où le « paraît-il ».
- ↑ Les deux interviews du numéro se terminent sur la même question, et les deux auteurs y font la même réponse : ils suivraient Kenshiro.
Sources
- Hokuto no Ken Special : All About The Man (週刊少年ジャンプ特別編集 北斗の拳SPECIAL ALL ABOUT THE MAN), numéro spécial grand format du Weekly Shōnen Jump, Shueisha, numéro daté du 5 septembre 1986, portrait p. 29 et interview p. 30 (fiche de l’ouvrage). Exemplaire de la rédaction.
Citations traduites et fiche établie par Hokuto Chronicles à partir de la publication originale. Fiche publiée le 20 octobre 2026, mise à jour le 23 octobre 2026. © 2026 Hokuto Chronicles. Toute reprise, même partielle ou reformulée, doit citer Hokuto Chronicles avec un lien vers cette page.
