samedi 05 septembre 2026
Dossier Expert

Young Guitar spécial Hokuto no Ken, notre dossier !

Young Guitar spécial Hokuto no Ken, notre dossier !

Pour lancer sa nouvelle série éditoriale « Guitare et Anime », Young Guitar, le magazine de guitare japonais publié par Shinko Music depuis 1969, a choisi Hokuto no Ken. Le numéro de juillet 2026 (Vol. 934) commence avec une couverture spéciale. Kenshiro, dans une illustration qui reprend le visuel clé du nouvel anime, croise les bras sur le manche d’une guitare électrique qui porte le logo « Fist of the North Star ». Une accroche modifiée, « Omae wa mō hiiteiru! », soit « Tu joues déjà », donne le ton du numéro. Ce dossier spécial, publié pour accompagner la diffusion du nouvel anime Hokuto no Ken -Fist of the North Star-, s’appelle « Hokuto no Gen -Strings of the North Star- » (« Les cordes de la Grande Ourse »). Il occupe près de la moitié du magazine, soit une centaine de pages, sous-titrées « La légende guitaristique de la fin du siècle, ou relire Hokuto no Ken à travers la musique et la guitare ».

Autant le dire tout de suite, le menu est copieux. Au sommaire, on retrouve cinq interviews exclusives avec Toshl, le compositeur Yuki Hayashi, le producteur Mikihiro Miyashita, ainsi que Monsieur Yoshizaki de Crystal King et Tsuyoshi Ujiki de Kodomo Band. Il y a aussi un bel hommage à TOM★CAT, un guide discographique bien fourni, une table ronde réunissant des musiciens fans de l’œuvre, sans oublier une rubrique complètement déjantée qui s’amuse à reproduire les cris et bruitages de l’anime à la guitare. Et pour couronner le tout, quatre partitions complètes qui traversent plus de quarante ans de génériques.

Nous vous en proposons ici une analyse détaillée, chapitre par chapitre, en suivant l’ordre du magazine, du nouvel anime de 2026 jusqu’aux légendes des années 80.

Préface

« En l'an 199X, le monde fut enveloppé par les flammes nucléaires!! »
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

La page d’ouverture du dossier plante le décor : « En l’an 199X, le monde fut enveloppé par les flammes nucléaires!! ». Young Guitar rappelle que depuis 1983, le manga a déclenché un phénomène sans précédent, décliné en anime, films, OAV, jeux vidéo et machines de pachinko et pachislot. Dans ce monde de fin de siècle dominé par la violence et le chaos, c’est la manière de vivre de ces hommes portant l’amour et la tristesse sur leurs épaules qui a fait de l’œuvre, écrit le magazine, une icône culturelle transmise à travers le monde par-delà les générations. Et dans cet univers, la musique a toujours été un pilier de l’identité de l’œuvre, avec en tête de proue ces « anthems » que sont les génériques, « Ai wo Torimodose!! » en premier lieu.

Le magazine enchaîne sur l’actualité brûlante de la franchise. Depuis avril 2026, la nouvelle série Hokuto no Ken -Fist of the North Star- est diffusée avec en opening « Hallelujah » de [Alexandros] et en ending une reprise de « Ai wo Torimodose!! » par Toshl, deux titres puissants qui, promet la page, enflamment autant les auditeurs de la nouvelle génération que les fans de toujours. La promesse éditoriale est claire, interroger les artistes du nouvel anime comme les légendes des séries historiques, recueillir des témoignages inédits sur la naissance du « son Hokuto », et fournir les partitions pour que le lecteur passe de la théorie à la pratique. Le tout se conclut par un « Hokuto no Gen, omae wa mō hiiteiru!! », parfait condensé de l’esprit du numéro, où l’expertise musicale et l’amour de l’œuvre sont traités sur le même plan.

Chapitre 1 – « Hallelujah », le nouvel hymne signé [Alexandros]

Le dossier s’ouvre sur l’opening du nouvel anime. « Hallelujah », écrit et composé par Yohei Kawakami et arrangé par le groupe (Polydor Records / RX RECORDS), est sorti en digital le 6 avril 2026, quatre jours avant le premier épisode. Young Guitar n’y va pas par quatre chemins et parle d’un nouveau « hokuto shinkyoku », littéralement une « chanson divine du Hokuto », le terme que le magazine emploie tout au long du numéro pour désigner les hymnes de la licence. La page crédite au passage le line-up complet, Yohei Kawakami (chant, guitare), Masaki Shirai (guitare), Hiroyuki Isobe (basse, chœurs) et Riad (batterie).

« Hallelujah », signé [Alexandros]
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

Le magazine décrit un morceau porté par un groupe lancé à pleine vitesse, dont les paroles mêlent anglais et japonais pour dépeindre la solitude et les conflits intérieurs d’un homme vivant à la fin du siècle, mais aussi sa volonté farouche de sauver ceux qui croisent sa route. L’analyse guitaristique met en avant une superposition de guitares rythmiques, électriques comme acoustiques, du cutting nerveux, des harmoniques sous tension et des phrases graves massives. Le tout est comparé, avec le sérieux imperturbable qui caractérise ce numéro, à une rafale digne du Hokuto Hyakuretsu-ken qui met l’auditeur K.O. La page reproduit également les paroles complètes et renvoie vers les clips et opening officiels, lesquels utilisent des images de l’anime. Le magazine invite d’ailleurs à découvrir « la chaleur d’un nouveau monde Hokuto » née de la synchronisation entre musique et images. Pour les guitaristes, rendez-vous en page 64 du magazine, où la partition complète est publiée.

Chapitre 2 – Toshl, du choc d’enfance au générique de fin

La reprise de « Ai wo Torimodose!! », une affaire de destin

Toshl en interview dans Young Guitar
« Je connaissais l’impact réel de « Ai wo Torimodose!! »… je voulais le ressusciter, et le rendre encore plus dingue » © Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

C’est le premier gros morceau du numéro, et un événement pour le magazine, car le chanteur de X Japan n’était encore jamais apparu dans Young Guitar. L’interview-fleuve revient sur ce qui fut l’une des bonnes surprises du printemps 2026, à savoir la révélation, à la fin du premier épisode, que l’ending du nouvel anime serait une reprise de « Ai wo Torimodose!! » par Toshl. Une reprise adoubée par Monsieur Yoshizaki en personne.

Ce qu’on découvre dans l’entretien, c’est que cette rencontre n’a rien d’un hasard ou d’un coup marketing. Toshl est un fan absolu de Crystal King depuis l’enfance. Collégien, il reprenait déjà « Daitokai » au piano en se disant que ce répertoire était fait pour lui. En 2024, il avait chanté ce même « Daitokai » en duo avec Kanji Ishimaru, en tenant la partie de Masayuki Tanaka. Cette fois, il interprète seul les deux registres du duo mythique, les aigus stratosphériques de Tanaka et le timbre éraillé de Monsieur Yoshizaki. À l’annonce de l’offre, sa réaction fut immédiate (« Enfin!! ») et il confia à sa maison de disques que ce morceau ne pouvait revenir qu’à lui.

L’entretien regorge d’anecdotes, Toshl livre par exemple une relecture passionnante du fameux « You wa Shock ». En le réécoutant adulte, il a réalisé que la phrase ne dit pas « tu as reçu un choc » mais bien « tu ES le choc », une nuance qui, balancée d’entrée dans un registre suraigu, relève selon lui du pur esprit rock. Il révèle aussi que, enfant, il imitait sans arrêt le « Atatatata! » de Kenshiro (alors doublé par Akira Kamiya), et théorise très sérieusement que ces imitations, combinées à celles de Bruce Lee, ont constitué son premier entraînement vocal. Mitrailler des « atatatata » suraigus revenait sans le savoir à travailler sa voix médiane, jusqu’à donner naissance à ce falsetto surpuissant devenu sa signature, tandis que le « Omae wa mō shindeiru », lancé d’un grave qui résonne à pleine poitrine, forgeait la profondeur de sa voix. Autrement dit, Kenshiro réunit à lui seul les deux registres de Crystal King, et l’intervieweur de suggérer, sur un ton amusé, que Toshl devrait passer les auditions de doublage.

Cette théorie prend tout son sens quand Toshl évoque son enfance. À l’époque, avouer qu’on aimait l’anime était mal vu, il fallait dire « le manga ». Lui rentrait de l’école primaire vers 17h pour dévorer les rediffusions, Lupin III, Uchū Senkan Yamato (son anime préféré, dont il trouvait le générique d’Isao Sasaki formidable), Kyojin no Hoshi, et jusqu’aux séries de magical girls de la Tōei, Sally la petite sorcière ou Akko-chan, dont il chantait tous les génériques. C’est d’ailleurs ce vécu qui explique son rapport quasi religieux à l’anison (contraction d’anime song, le répertoire des génériques et chansons d’anime), qu’il décrit comme le genre le plus difficile à chanter, celui où dorment les souvenirs les plus purs de l’enfance de chacun, et qu’il faut aborder avec un respect total.

Sur le travail en lui-même, Toshl décrit une approche d’une minutie extrême. Des couplets « mordants », presque agressifs, pour coller au regain de vitesse de l’arrangement, un refrain pensé comme un plan de drone s’élevant au-dessus de Kenshiro, et un shout final où tout est lâché. Il raconte aussi avoir pleuré devant le premier épisode en entendant sa propre voix s’élever sur le générique. Le rédacteur en chef de Young Guitar glisse au passage une confidence. Interrogé quelques jours plus tôt, Monsieur Yoshizaki avait jugé cette reprise d’un « c’était la meilleure! » lâché sans hésiter, saluant une version de « You wa Shock » supérieure à toutes les reprises passées et une tonalité d’origine conservée qui semble taillée pour Toshl.

« IM A SINGER VOL.4 » et le festival de Kanazawa

Toshl IM A SINGER VOL.4
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

L’interview déborde ensuite sur l’actualité du chanteur, notamment sur l’album de reprises IM A SINGER VOL.4, sorti le 1er juillet 2026 chez Universal. Quatrième volume de la série, le disque est cette fois entièrement consacré à l’anison, un territoire que Toshl décrivait jusqu’ici comme « une zone interdite », tant son respect pour ce répertoire est grand. L’album contient notamment « Ai wo Torimodose!! », mais aussi une reprise de « Guren no Yumiya », avec HISASHI de GLAY à la guitare. Le choix du guitariste s’est d’ailleurs fait à la manière d’un échange tout droit sorti d’un manga : Toshl a fait passer le message que « le seul guitariste cool qui aime l’anime et peut jouer ça, c’est HISASHI », et ce dernier a répondu : « Le seul à pouvoir jouer ça, c’est moi. » Le disque comprend également « Moonlight Densetsu » et « Tamashii no Refrain », ainsi que deux titres originaux, « Unmei no Senkō » et sa chanson-réponse « Kirameki wa Kaze », nés d’une année passée à méditer sur la gratitude et sur la chance de pouvoir simplement vivre, manger et faire de la musique.

Pour choisir les chansons reprises, Toshl raconte une méthode pour le moins originale : il regardait des anime sur le vélo d’appartement de sa salle de sport. Il lui est ainsi arrivé à plusieurs reprises de pédaler pendant une heure entière sans s’en rendre compte, complètement absorbé par les épisodes. Une manière assez inattendue de constituer le répertoire d’un album d’anison.

ANISON LEGENDS FES JAPAN

Le 4 juillet 2026, Toshl produit son propre festival, l’« ANISON LEGENDS FES JAPAN », au Concert Hall de l’Ongakudō d’Ishikawa à Kanazawa, sa terre d’attache créative, là où se trouvent son studio et son atelier de peinture. L’idée germait depuis sa participation, il y a environ huit ans, au festival anniversaire d’Akiko Wada au Budokan, où il avait été bouleversé de voir, depuis les coulisses, des dizaines d’artistes et de techniciens construire ensemble une même chose dans un débordement d’amour et de gratitude. Au programme, l’Orchestra Ensemble Kanazawa en première partie, un volet rock ensuite, une cosplay walk en extérieur avec, en toile de fond, le soutien à la reconstruction de Noto. Le plateau annoncé réunit Maki Ohguro, Rica Matsumoto, Hiroko Moriguchi, KENJI03 (BACK-ON) et Golden Bomber, sous la production de Ryūgen Toshi (le nom complet d’artiste de Toshl), qui promet des collaborations inédites avec chacun des invités.

Chapitre 3 – Yuki Hayashi, mettre la fin du siècle en musique

Le deuxième entretien donne la parole au compositeur de la bande originale du nouvel anime. Young Guitar en profite pour retracer une généalogie précieuse pour les fans méticuleux. La musique des séries TV de 1984-1988 était signée Nozomi Aoki (Galaxy Express 999), le film de 1986 avait été confié à l’arrangeur Katsuhisa Hattori, les OAV « Shin Hokuto no Ken » (2003-2004) à Yasuharu Takanashi (Naruto Shippūden) accompagné du groupe de wa-rock Yaiba, et la pentalogie « Shin Kyūseishu Densetsu » (2006-2008) à Yuki Kajiura (Demon Slayer). En 2026, c’est donc Yuki Hayashi, connu pour My Hero Academia, Haikyū!! et les dramas Legal High et Asa ga Kita, qui hérite du poste.

Chapitre 3 – Yuki Hayashi, mettre la fin du siècle en musique
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Fait amusant, Hayashi confesse d’emblée ne pas être un connaisseur du rock. Il connaît des morceaux, mais pas « à qui est cette chanson » comme un vrai fan du genre, et il transforme cette lacune en atout. Aucun complexe, aucune révérence paralysante, juste la question qui a guidé tout son travail et qui donne son titre à l’interview. Comment traduire en son ce sentiment de fin de siècle, cette atmosphère dystopique qui recouvre le monde de l’œuvre ?

Sa réponse est un véritable festival d’idées d’orchestration, que les guitaristes du magazine ont pris soin d’analyser. Guitares à 7 et 8 cordes aux graves rugueux pour accompagner les boss massifs, guitare à 12 cordes doublée de guitares acoustiques ou classiques et de mandoline pour apporter une couleur folk aux scènes de village et de vie quotidienne, dobro pour évoquer la terre, sons volontairement lo-fi sur les guitares électriques saturées, synthétiseurs dystopiques et instruments ethniques : Hayashi multiplie les textures pour donner une identité sonore à chaque situation. Il s’autorise même une pointe de fantasy, puisque le Hokuto Shinken est après tout un art d’assassinat légendaire vieux de 1 800 ans.

Il détaille également sa méthode de travail. Le thème principal, long de plus de six minutes, est découpé en sections clairement identifiées afin de faciliter le choix des passages musicaux. À cela s’ajoute un « menu » des ambiances établi scène par scène par le directeur sonore Noriyoshi Onuma, à partir duquel Hayashi compose. Un encadré recense d’ailleurs les morceaux marquants du premier épisode, du « thème des zakos » façon Hyahha, avec ses riffs lourds, ses growls et ses effets de levier de vibrato inquiétants, au thème principal interprété au violoncelle, qui explose au moment du Hokuto Hyakuretsu-ken contre Zeed. Le magazine précise toutefois que ces appellations correspondent aux libellés du menu musical et non aux titres officiels des morceaux.

Yuki Hayashi works
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Hayashi est aussi l’arrangeur de l’ending chanté par Toshl, un poste dont il mesurait le poids (« moi, arranger ÇA!? ») avant même de savoir qui chanterait. Il raconte la première réunion en visio avec un Toshl d’une humilité désarmante, puis la rencontre en personne où il dit avoir ressenti « une aura, un esprit combatif à la Raoh ». Son arrangement accélère le tempo, ajoute une orchestration massive, et existe en deux versions, l’une à longue intro pensée pour s’enchaîner avec la dernière scène de l’épisode, l’autre attaquant directement le chant. Hayashi glisse au passage une anecdote sur la séance de chant. Toshl a enregistré l’ending quasiment d’une traite, en une prise à peine coupée d’une pause, et ses rares reprises n’étaient pas des corrections d’erreurs mais des envies de re-chanter certains passages autrement. Hayashi, lui, écoutait en se disant simplement « c’est fou ». Côté studio, les guitares sont tenues par ses fidèles Tetsuro Tōyama et Yuta Watanabe, rejoints par Masaomi Shiroishi. L’intro de l’ending, à la sonorité si tranchante, porterait d’ailleurs la griffe de Watanabe, qui l’aurait jouée « dans un esprit Hyahha! » selon Hayashi, le tout validé en studio sur un simple échange de « c’est ça? », « c’est génial! ». Hayashi raconte, hilare, la joie des musiciens quinquagénaires en découvrant qu’ils allaient enregistrer « Ai wo Torimodose!! », le trompettiste soufflant comme jamais. Détail qui fait tout le sel de l’interview, Hayashi lui-même sait à peine plaquer trois accords sur une guitare. Son mot de la fin aux lecteurs, en revanche, est parfait. « Omae wa mō kiiteiru…!! », c’est-à-dire « tu écoutes déjà ».

Chapitre 4 – Mikihiro Miyashita, le producteur métalleux qui veille sur Ken

Troisième entretien, et sans doute le plus riche en informations pour les fans de la licence, celui de Mikihiro Miyashita, producteur du nouvel anime au sein de COAMIX, vétéran des projets Hokuto. Il officie aussi sur le spin-off animé Hokuto no Ken, Ken-ō-gun Zako-tachi no Banka, dont la deuxième partie a démarré le 6 juillet 2026.

Mikihiro Miyashita, le producteur métalleux qui veille sur Ken
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Miyashita replace la genèse du projet. L’annonce du nouvel anime a eu lieu le 13 septembre 2023, jour du « Hokuto no Ken Day » et 40e anniversaire du manga, après un teaser lancé dès le 35e anniversaire avec la chanson « 202X » écrite par Tomoyasu Hotei, qui laissait présager « qu’il se passerait quelque chose en 202X ». L’ambition affichée est de rajeunir le public. Il constate, un brin amer, que les 20-30 ans d’aujourd’hui ne connaissent souvent Hokuto no Ken que par les machines de pachinko. Ils savent dire « Hidebu!! » ou « Abeshi!! » sans savoir de quelles scènes viennent ces cris. D’où le mot d’ordre de cette « renaissance Hokuto de l’ère Reiwa », une fidélité maximale au trait gekiga du manga original, à contre-courant absolu des canons esthétiques de l’animation actuelle, portée par un état d’esprit résumé d’une formule. Les anciens films et OAV « auraient pu aller plus loin », alors cette fois, toute l’équipe travaille avec la conviction qu’on peut encore faire mieux.

Sur la musique, l’interview confirme que le choix de [Alexandros] tient beaucoup au chant de Yohei Kawakami, taillé pour des aigus dignes de « Ai wo Torimodose!! ». Miyashita ajoute un détail intéressant : « Alexandros » signifierait à l’origine, en grec, « celui qui protège le peuple ». Difficile de rêver meilleure étymologie pour l’opening d’une histoire de sauveur. Autre révélation, le générique d’ouverture a été construit à partir de la musique. La maquette de « Hallelujah » a été remise au réalisateur qui a découpé son storyboard dessus, d’où cette synchronisation parfaite, notamment le plan où Yuria se retourne par à-coups, calé sur le cutting de la guitare. Quant à l’ending, la décision de « garder » « Ai wo Torimodose!! » pour la fin date de la préproduction, avec un objectif assumé, cueillir par surprise les fans de la série d’origine. Et Miyashita d’ajouter, malicieux, qu’à l’ère du streaming où tout le monde saute les génériques de fin, « ça, on ne vous le permettra pas! ».

L’homme se révèle par ailleurs être un métalleux pur jus. Fan de Megadeth et de Rush, complice du directeur sonore Onuma (métalleux lui aussi) avec qui il s’est battu pour que la guitare soit mise en avant dans les scènes fortes, tout en s’interdisant d’imposer ses penchants prog qui ne collaient pas à l’univers. Interrogé sur le générique qu’il choisirait si un film Hokuto sortait et qu’il avait tous les droits, il répond sans hésiter Megadeth, « Hangar 18 » ou « Peace Sells », en gardant sous le coude Judas Priest et son « Painkiller ». On apprend aussi qu’il a longtemps travaillé comme étudiant dans une boutique de t-shirts rock de Nagoya, qu’adolescent il a abordé Duff McKagan de Guns N’ Roses dans une salle d’arcade pour un autographe, et qu’il a « trépigné de dépit » dans son cinéma en entendant « Sweet Child O’ Mine » dans le film Gundam de Hathaway.

Mais le passage le plus émouvant concerne le casting, dont Miyashita précise que les rôles principaux ont tous été attribués par auditions, en plusieurs tours de sélection parmi de très nombreux candidats. Le nouveau Kenshiro est doublé par Shunsuke Takeuchi, que Miyashita avait croisé… lycéen, lors d’un enregistrement pour une machine de pachinko Sōten no Ken, où il lui avait demandé de bien vouloir lancer un « atatatata » (réponse du lycéen interloqué, « P-pardon!? »). Des années plus tard, Takeuchi a remporté l’audition, validée en dernier ressort par Tetsuo Hara lui-même. Miyashita décrit un jeune homme d’à peine plus de vingt ans, écrasé de pression au milieu de vétérans, refusant ses propres prises (« ce n’est pas ÇA, le atatatata! ») et s’entraînant à mitrailler des « atatatata! » jusque dans les toilettes pendant les pauses. Et surtout, cette scène. Akira Kamiya, le Kenshiro historique, tenu informé de l’audition, a rencontré son successeur et lui a simplement dit « donne tout ». Miyashita parle du « moment isshi sōden du monde du doublage », la transmission de maître à unique héritier, comme celle du Hokuto Shinken. Difficile de trouver plus belle image.

L’article se clôt sur un encadré de présentation du manga, « pyramide d’or du manga d’action » revendiquant plus de 100 millions d’exemplaires cumulés, et sur une fiche technique complète du nouvel anime, une mine pour les fans.

Fiche technique du nouvel anime Hokuto no Ken -Fist of the North Star-
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Chapitre 5 – Monsieur Yoshizaki, quarante ans de « You wa Shock »

On passe aux légendes, et quelle entrée en matière. Monsieur Yoshizaki, fondateur de Crystal King, 78 ans, ouvre l’entretien par une confidence qui dit tout du caractère insolite de ce numéro. En 55 ans de carrière, c’est la première fois qu’un magazine musical spécialisé l’interviewe. À l’époque de « Daitokai », on l’invitait dans les magazines people comme Myōjō ou Heibon et dans des revues de manga pour jeunes filles comme Shōjo Friend. « Mais moi, je ne joue pas de guitare… ça ira quand même? », s’amuse-t-il. La page d’ouverture de son interview mérite le détour à elle seule, avec deux guitares custom aux graphismes Hokuto no Ken posées en majesté, un modèle Kenshiro et un modèle Raoh. L’illustration de couverture est quant à elle signée Hitoshi Nishimura (nishimura graphics).

Monsieur Yoshizaki, fondateur de Crystal King
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Le récit de la naissance de « Ai wo Torimodose!! » est un morceau d’histoire. En 1984, après le succès du tome 1 du manga et le lancement du projet d’anime, la demande arrive via Canyon Records. Le groupe est déconcerté. À l’époque, la chanson d’anime est un genre à part, écrit par des professionnels et chanté par des « chanteurs d’anison », alors pourquoi eux, un groupe qui compose et interprète ses propres titres ? Mais Crystal King s’est forgé dans les clubs de Sasebo, près de la base navale américaine, à régaler les GI’s de reprises de Led Zeppelin et de Deep Purple. « Si ça fait plaisir aux gens, je chante n’importe quoi ». Toute la formation se plonge alors dans les tomes du manga et les storyboards de l’anime en cours de production qu’on leur a remis, et le verdict tombe. Sous la violence, il y a de l’amour, de l’amitié, de l’humanisme. Banco !

Suit une plongée passionnante dans la fabrication du titre. Les paroles sont venues en premier, écrites par le pianiste Kimiharu Nakamura, qui débarque avec ce texte invraisemblable ouvrant sur « You wa Shock ». Yoshizaki rapproche d’ailleurs lui-même ce mélange d’anglais et de japonais du style de Carol, le groupe d’Eikichi Yazawa, un sens du « chanpon » linguistique qui frappe fort avec des mots simples. Le guitariste Michio Yamashita, joint par téléphone pour l’occasion, raconte que l’image lui a sauté aux yeux à la lecture du premier vers et que la musique s’est écrite quasi instantanément. Yoshizaki lui-même révèle avoir resserré de sa propre initiative le phrasé du couplet, jugeant la découpe initiale trop étirée, un micro-changement qui a densifié toute la chanson. Il assume l’ADN « impact d’abord » du groupe. « Daitokai » avait été composée par revanche, après une défaite rageante au concours Popcon de Yamaha en 1978, avec cette idée d’un suraigu de Tanaka placé dès l’intro pour terrasser l’auditeur à la première écoute. « Ai wo Torimodose!! » applique la même recette, avec un mot d’ordre partagé avec Tanaka, faire une chanson qui ne perde pas face à Kenshiro. Anecdote notable, le producteur de l’émission trouvait le chant « un peu trop appuyé ». Yoshizaki a tenu bon, tout en concédant aujourd’hui dans un éclat de rire qu’à la réécoute, « on en fait peut-être un peu trop ». Autre surprise, le mixage publié n’était pas celui que le groupe connaissait. Les cuivres qu’ils avaient placés au premier plan avaient été repoussés derrière la voix. Fureur à l’époque, gratitude aujourd’hui, car c’est ce mix « tout pour le chant » qui a fait du titre une chanson immortelle.

Monsieur Yoshizaki, fondateur de Crystal King
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

L’interview couvre aussi « Yuria… Eien ni », ballade composée au synthé par Hiromi Imakyūrei, redoutable pour les chanteurs (registres limites pour Tanaka comme pour Yoshizaki), aux accents prog que Young Guitar compare à Asia ou Kansas. On y apprend que Yamashita a enregistré les deux titres sur sa Yamaha SG bleue, le modèle de Masayoshi Takanaka. Puis vient l’incroyable seconde vie du morceau. Le pachislot Sammy de 2003 (plus de 600 000 machines écoulées, un record pour l’époque selon le magazine) relance la chanson, suivi des réenregistrements de 2004, premiers enregistrements où Yoshizaki chante l’intégralité du titre seul, toujours dans la tonalité d’origine, un point non négociable (« changer la tonalité, c’est changer la nuance du chant »), puis d’une sonnerie de téléphone classée 5e du classement annuel toutes catégories, et enfin de la version « MOVIE ver. » de 2006 pour le film Raoh Den, Junai no Shō, qu’il considère comme la forme définitive du titre. Cordes en intro, cuivres remontés, autrement dit le morceau tel que le groupe l’avait rêvé en 1984, avec le guitariste Yoshio Nomura en invité de luxe. À noter, une révélation qui fera tousser. Les films de la pentalogie ne devaient initialement PAS contenir « Ai wo Torimodose!! ». Ce sont les jeunes membres du staff qui se sont insurgés (« sans elle, ce n’est pas Hokuto no Ken! ») et ont imposé la chanson à l’issue de débats houleux.

S’ensuit un tour d’horizon des reprises, du single « NO REGRETS / Ai wo Torimodose!! (King & Queen Version) » avec SHOW-YA en 2017 à la version de THE ALFEE sur l’album des 35 ans en 2019, sans oublier une pleine page recensant remixes et covers du monde entier, sur laquelle on reviendra au chapitre discographie. Et bien sûr, le mot sur Toshl, déjà cité plus haut, qui vaut adoubement. Yoshizaki mesure le chemin parcouru par sa chanson en racontant ses concerts d’aujourd’hui, où trois générations viennent parfois ensemble, petits-enfants, parents et grands-parents réunis pour crier « You wa Shock » d’une seule voix. Le journaliste s’attarde d’ailleurs sur ce suraigu si singulier, chargé d’harmoniques légèrement saturées qui font tout son charme, et Yoshizaki de répondre par une théorie qui vaut le détour. Selon lui, les chanteurs à la voix naturellement grave peuvent conquérir l’aigu par le travail, la preuve par lui-même, adepte de la voix de fausset depuis ses années amateur.

Reprises et rééditions de Ai wo Torimodose
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

L’entretien s’achève sur un Yoshizaki au sommet de sa forme. Toujours deux concerts par mois depuis 1987 au live house Friday de Yokohama, une société fondée le 16 mai 1986 qui fête tout juste ses 40 ans, une lucidité amusée sur son âge (« je suis un senior avancé de 78 ans, hein »), un parallèle avec les Rolling Stones, dont l’album « FOREIGN TONGUES » sortait le 10 juillet, et cette conclusion qui résume l’homme. Si une offre venait de l’étranger, il irait n’importe où. « Ce serait amusant de crier « You wa Shock » de l’autre côté de la mer. » Young Guitar glisse au passage que la chanson compte des fans jusque dans les plus hautes sphères italiennes, la Présidente du Conseil Giorgia Meloni étant citée comme grande amatrice de la série.

Chapitre 6 – Tsuyoshi Ujiki, le successeur discret de l’hymne

Cinquième interview, et sans doute la plus riche en révélations pour qui s’intéresse aux coulisses. Tsuyoshi Ujiki, chanteur-guitariste de Kodomo Band, qui fêtera ses 70 ans l’an prochain, est présenté comme le « successeur de deuxième génération » de l’hymne de Hokuto no Ken. Son groupe a fourni quatre chansons à la licence, « HEART OF MADNESS » et « PURPLE EYES » pour le film de mars 1986, puis « SILENT SURVIVOR » et « DRY YOUR TEARS » pour la quatrième partie de la série TV (épisodes 83 à 109), celle de l’affrontement final entre Kenshiro et Raoh.

Tsuyoshi Ujiki Kodomo Band
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

L’interview retrace d’abord le parcours mouvementé du groupe, débuts chez Canyon, passage chez Epic Sony marqué par une tentative américaine qui n’a pas décollé, puis une période indépendante en autoproduction, à vendre les disques à la main dans les salles de concert, avant un retour chez Canyon en 1986. C’est dans ce contexte qu’arrive la proposition Hokuto no Ken, transmise via Fujipacific, le distributeur souhaitant pour le film un artiste différent de Crystal King, déjà attaché à la série TV. Ujiki, lui, ne connaissait rien à la licence, alors qu’il passe pourtant pour un dévoreur de mangas. Il a tout lu d’un coup et raconte sa surprise devant la puissance du dessin et les retournements du récit, à une époque où Raoh était encore dépeint en antagoniste pur. Le déclic décisif, c’est la visite du légendaire producteur de Tōei Dōga, Yoshio Takami (crédité producteur du film de 1986), venu en personne plaider sa cause avec une fougue mémorable. Ceci n’est pas un épisode TV, c’est du cinéma, un vrai film exploité en salles, il faut des chansons à la hauteur. Devant un tel enthousiasme, projections du film commentées à voix haute et à plein volume à l’appui (« là, ce que ressent Kenshiro… »), impossible de refuser. Le producteur fut si heureux du résultat qu’il demanda au groupe d’enchaîner sur la série TV.

L’interview éclaire un aspect méconnu. Ces chansons furent essentiellement un travail solitaire d’Ujiki, avec boîte à rythmes, aux tout débuts de la programmation, et une philosophie qu’il résume d’une phrase mise en exergue par le magazine. Ces titres ont été conçus en se demandant « ce qu’ils devaient être vis-à-vis de l’œuvre », et non pour la scène ou pour flatter les fans du groupe. Résultat paradoxal, les fans de Kodomo Band ont accueilli fraîchement ces morceaux (« vous passez à la variété? »), le groupe les a très peu joués en concert… et quand Ujiki les a ressortis récemment sur scène, le public s’est embrasé. D’où la phrase-titre de son portrait, affirmée avec une satisfaction tout en retenue : « Puisqu’on les écoute encore si longtemps après, ce sont bien « SILENT SURVIVOR » et les chansons Hokuto, des morceaux originaux, qui deviennent les titres emblématiques de Kodomo Band ».

Un encadré détaille les quatre chansons avec une belle plume. La guitare « qui sanglote » de « HEART OF MADNESS », la ballade murmurée « PURPLE EYES » qui épouse les sentiments de Kenshiro et Yuria, l’intro en harmoniques de « SILENT SURVIVOR » avec son refrain « DO SURVIVE » martelé et son solo compact mêlant wah et vibrato, et le solo aux accents classiques de Hiroshi Sugihara qui fait tout le charme de « DRY YOUR TEARS ». Le line-up est celui des quatre membres de l’époque, Tsuyoshi Ujiki, Hiroshi Sugihara, Seiji Katsu et Yū Yamato. Dans la foulée de ces singles, le groupe partira enregistrer à New York l’album « NO GIMMICK », capté pour l’essentiel en prises directes.

Les quatre chansons de Kodomo Band pour Hokuto no Ken
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Deux pépites encore. La première, Masayuki Tanaka, le hurleur de Crystal King, a co-écrit les paroles de « DRY YOUR TEARS », un pont inattendu entre les deux générations d’hymnes. La seconde, la guitare de « TOUGH BOY », c’est Ujiki qui la joue. Il a en effet assuré la production sonore du single de TOM★CAT, et le magazine avance que la direction hard rock du titre doit sans doute beaucoup à ses intentions.

Chapitre 7 – TOM★CAT et « Tough Boy », l’hymne de 199X

Pas d’interview pour TOM★CAT, mais un dossier de deux pages qui rend justice au générique de Hokuto no Ken 2 (diffusé de mars 1987 à février 1988). Le magazine retrace le parcours du groupe, grand prix du 28e concours Popcon de Yamaha avec « Furare Kibun de Rock’n’Roll » et débuts en 1984, jusqu’à ce sixième single, « TOUGH BOY / LOVE SONG », sorti le 21 mars 1987, dont la face A demeure l’un des « hokuto shinkyoku » les plus aimés.

TOUGH BOY et LOVE SONG de TOM★CAT dans Young Guitar
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

L’analyse s’attarde sur ce riff hard rock qui claque après l’apparition du texte « Seikimatsu Kyūseishu Densetsu » sur fond noir, tandis que Kenshiro marche vers un soleil couchant irréel, une ouverture gravée dans la mémoire collective. Young Guitar lui décerne au passage un superlatif maison, celui de la guitare la plus hard rock de tout le répertoire Hokuto, une guitare tenue, on l’a vu, par Tsuyoshi Ujiki. Deux trésors attendent les puristes. D’abord, la somptueuse lead guitar du morceau n’existe que sur la version complète, les 90 secondes du format TV en étant dépourvues. Ensuite, les paroles diffèrent entre les deux versions, le « We are living, living in the eighties » de l’original devenant « nineties » à la télévision. Quant à « LOVE SONG », l’ending, il joue le contre-pied parfait, arpèges clairs, chant tendre de TOM, guitare « qui pleure », jusqu’à ce dernier plan du générique où le soleil se lève sur les terres dévastées avant un gros plan sur le sourire de Rin, mariage d’images et de mélodie qui offrit espoir et émotion aux téléspectateurs. Les deux titres ont depuis connu plusieurs auto-reprises et rééditions, jusqu’à un picture disc vinyle en 2023.

Chapitre 8 – La discothèque du Hokuto

Sous-titré d’un magnifique « Pas un seul morceau raté dans ma musique », détournement du « pas un seul regret dans ma vie » de Raoh, le guide « Hokuto’s Music Selected Guide » balaie quatre décennies de disques, des albums d’époque aux compilations anniversaire. On y retrouve les incontournables, le « Premium Best » et ses 50 titres incluant les précieuses versions TV des génériques, le « ORIGINAL SONGS » réédité en vinyle en 2023, ou encore le « Hokuto no Ken 2 Ongaku-hen », épuisé de longue date, que le magazine conseille de traquer en boutiques d’occasion « avec l’obstination de Rei cherchant Airi ». Le tour des singles réserve son lot de surprises, du « Thrust of God » de DRIVE FAR, dont Tetsuo Hara en personne signe les paroles et supervise le projet, jusqu’à la jaquette dessinée de sa main, au « Lonely Stars » de B’z, en passant par le « STILL ALIVE » de Hotei et son « omae wa mō shindeiru » glissé dans le texte.

Guide discographique Hokuto Music Selected Guide
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Le guide s’aventure aussi du côté des jeux et machines, où se cache une folie absolue, « Kiba », un duo enregistré pour l’OST du pachinko CR Sōten no Ken entre Marty Friedman (ex-Megadeth) à la guitare et Andrew W.K. au chant. L’album hommage des 35 ans, « Densho » (2019), complète le tableau avec les reprises de THE ALFEE, MIYAVI, BiSH et SILENT SIREN, et le « 202X » de Hotei, bâti sur le cri final de Raoh, avec un clip où Raoh lui-même tient la batterie. Une page recense enfin les reprises internationales de « Ai wo Torimodose!! », d’Animetal USA avec Chris Impellitteri aux Italiens de DGM en passant par la version luso-japonaise du Brésilien Ricardo Cruz. La démonstration est faite, l’hymne appartient au patrimoine mondial.

Album hommage Densho des 35 ans de Hokuto no Ken
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Chapitre 9 – Hokuto no Utage, les fans montent sur scène

Changement de décor pour la « Special Talk Session », publiée sous le titre « Hokuto no Utage 2nd Round ». Le 9 février 2026, au Silver Elephant de Kichijōji (Tokyo), huit musiciens professionnels déguisés en personnages de Hokuto no Ken ont donné un concert entièrement consacré aux génériques ET aux musiques d’ambiance des séries TV des années 80, un projet lancé avant même l’annonce du nouvel anime (« le destin », sourit son instigateur). À la tête de la troupe, ISAO, virtuose de la 8 cordes autoproclamé « 64e successeur du Hokuto Shingen », costumé en Kenshiro. Autour de lui, Danchō, le vocaliste du groupe de metal visual kei NoGoD, Saori Hoshino au violon en Yuria, Jun Hasegawa du groupe prog GERARD à la basse, qui fut aussi l’un des musiciens accompagnant les débuts solo de Toshl, la boucle est bouclée, TAKA à la batterie en soldat de la garde de Ken-Ō, et trois claviéristes et trompettistes complétant l’effectif en Souther, Hyō et Rin.

Le concert Hokuto no Utage au Silver Elephant
© Young Guitar juillet 2026, Shinko Music Entertainment

Le concert se déroulait en deux sets, le premier dédié aux BGM de la série, le second aux chansons, jusqu’à un « Ai wo Torimodose!! » final entonné par toute la salle, projections des génériques d’époque en fond. La table ronde fourmille de détails, une seule répétition de cinq heures sur des partitions intégralement relevées par ISAO, des trompettes jouées en vrai parce que les BGM de l’époque l’étaient aussi, et une interdiction tacite de toute improvisation, résumée par le claviériste Keiichi Miyako, « l’amour de chacun pour Hokuto no Ken était trop fort pour se permettre des ad-libs ». Et cette confidence d’ISAO qui résume l’esprit du projet, ce qui le fait pleurer dans Hokuto no Ken, ce ne sont pas les génériques, ce sont les chansons d’insertion et les BGM. D’où ce concert, dont une deuxième édition est déjà dans les têtes.

Chapitre 10 – « Abeshi!! » à la guitare

On bascule dans le loufoque assumé, et c’est peut-être la rubrique la plus « Young Guitar » de tout le numéro. Sur quatre pages, ISAO relève un défi que personne n’avait imaginé, reproduire à la guitare électrique, tablatures à l’appui, les voix et bruitages du nouvel anime. La quasi-totalité des exemples provient du premier épisode, « Kokoro no Sakebi » (« Un cri du cœur »).

Le menu donne le vertige. Le « Hyahhahha, mizu daa!! » des pillards de Zeed. Le son des points de pression, décliné en deux versions. La version « soin » se joue micro manche, attaque douce « comme Kenshiro effleurant les shitō de Rin », vibrato tendre au levier. ISAO y ajoute une consigne d’interprétation qui fait tout, jouer en se disant que « le cri du cœur appelle les mots », en écho à la scène où Rin retrouve la voix. La version « attaque », elle, repose sur des harmoniques combinées d’une difficulté redoutable. « Le Hokuto Shinken a 1 800 ans d’histoire, on ne le maîtrise pas en un jour! », prévient-il.

Tablatures des cris et bruitages par ISAO dans Young Guitar
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

La liste continue avec le craquement de doigts « Boki! Baki! », qui exige une 7 ou 8 cordes et un pitch shifter vers le grave, puis le « Hoatā!! », qui se dispute selon ISAO la première place de difficulté avec le son d’attaque. Vient le mythique « Atatatata! » du Hokuto Hyakuretsu-ken, dont tout le secret tient dans une alternance chaotique de notes étouffées et ouvertes. Sans cette indication, avoue ISAO, la partition ressemblerait à quelqu’un qui joue normalement de la guitare. Restent le bruit sourd des coups et, évidemment, le « Omae wa mō shindeiru », joué note à note sur la 7e corde, avec la consigne de l’attaquer en ayant vraiment l’intention de dire « omae wa ».

Le Atatatata du Hokuto Hyakuretsu-ken en tablature
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

Le clou du spectacle, ce sont les râles d’agonie légendaires, chacun sourcé avec son épisode. « Hidebu!! » (épisode 4, Heart), « Tawaba!! » (épisode 7, le sergent fou de GOLAN), « Abeshi!! » (épisode 9, le gang de Jackal, dont l’étrangeté vient, on l’apprend, d’un bend dissonant un demi-ton sous l’unisson), et le « Shaō!! » de Rei déployant le Nanto Suichō-ken (épisode 11). Le magazine précise que la plupart des exemples sont pensés pour la 8 cordes mais restent adaptables en 6 cordes moyennant accordage et astuces, et surtout que l’esprit de la rubrique n’est pas la copie parfaite, chacun étant invité à expérimenter librement son propre « son Hokuto » à partir des tablatures et de la vidéo de démonstration publiée sur le site du magazine.

Les rales d agonie Hidebu Tawaba Abeshi en tablature
© Young Guitar 7/2026, Shinko Music / © Buronson, Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken »

Les partitions, quarante ans d’openings à jouer soi-même

Le dossier s’achève en beauté sur une petite quarantaine de pages de partitions complètes commentées, avec analyses détaillées. « Hallelujah » de [Alexandros], « Ai wo Torimodose!! » de Crystal King, « SILENT SURVIVOR » de KODOMO BAND et « TOUGH BOY » de TOM★CAT. Quatre openings, plus de quarante ans d’écart entre le premier et le dernier, et une invitation limpide. Après avoir lu comment ces morceaux sont nés, prenez votre guitare et faites-les vivre. Pour un magazine de partitions, le cœur de métier historique de Young Guitar, difficile de conclure plus logiquement.

Pourquoi ce numéro spécial est incontournable ?

Parce qu’il n’existe tout simplement rien d’équivalent. En quarante ans d’existence, la musique de Hokuto no Ken n’avait jamais eu droit à un traitement éditorial de cette ampleur, avec d’aussi longues interviews, menées par des journalistes musicaux qui posent les bonnes questions techniques ET connaissent la licence sur le bout des doigts.

Des témoignages de première main qu’on ne lira nulle part ailleurs. Monsieur Yoshizaki n’avait jamais raconté dans la presse musicale spécialisée la fabrication de « Ai wo Torimodose!! ». Le texte arrivé avant la musique, le phrasé resserré de sa main, le mixage modifié à son insu, la tonalité d’origine défendue bec et ongles depuis quarante ans. Tsuyoshi Ujiki révèle noir sur blanc qu’il joue la guitare de « TOUGH BOY ». Miyashita raconte la transmission entre Akira Kamiya et Shunsuke Takeuchi. Toshl théorise le lien entre ses imitations enfantines de Kenshiro et sa technique vocale. Chacune de ces informations, prise isolément, vaudrait un article. Elles sont ici réunies dans un seul numéro.

Un pont entre les générations, aussi. La construction du dossier, du nouvel anime vers les légendes, n’est pas un simple choix chronologique inversé. Elle matérialise la transmission qui est le cœur thématique de Hokuto no Ken lui-même. Toshl reprend Crystal King avec la bénédiction de Yoshizaki. Hayashi fait enregistrer « Ai wo Torimodose!! » à des musiciens de studio qui regardaient l’anime enfants. Kamiya adoube Takeuchi. Hasegawa, qui accompagnait Toshl à ses débuts solo, joue aujourd’hui les BGM de 1984 au sein d’une troupe costumée en personnages de la série. Le numéro entier fonctionne comme un isshi sōden collectif.

Un objet de fan assumé, enfin. De l’accroche de couverture aux jeux de mots qui parsèment le numéro (le « Omae wa mō kiiteiru » de Hayashi, le « Oretachi wa mō hiiteiru » de la table ronde), du guide discographique qui conseille de chiner « comme Rei cherchant Airi » aux tablatures de « Abeshi!! », Young Guitar a fait ce numéro avec un amour de l’œuvre qui transpire à chaque page, sans jamais sacrifier la rigueur qui fait sa réputation depuis 1969. C’est exactement l’équilibre que l’on attend d’un hommage.

« Hokuto no Gen » est bien plus qu’un coup éditorial opportuniste surfant sur le nouvel anime. C’est, à ce jour, le document de référence sur quarante ans de musique Hokuto no Ken, réunissant des voix qui ne s’étaient jamais exprimées ensemble, et pour certaines jamais exprimées du tout. Que vous soyez guitariste ou non, fan de la première heure ou nouveau venu arrivé par la série de 2026, ce numéro raconte une histoire universelle, celle d’une poignée de chansons nées dans les années 80, devenues des monuments que trois générations se transmettent aujourd’hui comme un art martial millénaire.

Le magazine n’est disponible qu’en japonais et n’a évidemment aucune chance d’être traduit, c’est la loi du genre pour la presse musicale nippone. Pour des raisons évidentes de droits, il ne nous est pas possible de partager une traduction des interviews. Mais si ce dossier vous a donné envie d’aller plus loin, le numéro s’importe facilement via les boutiques en ligne japonaises habituelles (CDJapan, Amazon JP, HMV…), et des vidéos, dont la démonstration « Abeshi!! à la guitare » d’ISAO, sont visibles gratuitement sur le site officiel du magazine.

Éditeur : Shinko Music Entertainment / Young Guitar, numéro de juillet 2026 (Vol. 58, n°13, numéro 934) / Paru le 10 juin 2026 au Japon / Couverture : Kenshiro © Buronson & Tetsuo Hara / COAMIX, Comité de production « Hokuto no Ken », illustration de couverture par Hitoshi Nishimura (nishimura graphics)

Sources : Young Guitar juillet 2026 (Shinko Music), youngguitar.jp, hokuto-anime.com, anilege.jp

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