samedi 05 septembre 2026
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Rurubu Hokuto no Ken : le guide de voyage officiel de la fin du siècle

Rurubu Hokuto no Ken : le guide de voyage officiel de la fin du siècle

Et si vous partiez en vacances dans le monde de Hokuto no Ken ? C’est la promesse, parfaitement absurde et parfaitement tenue, du « Rurubu Hokuto no Ken », un mook japonais qui applique les codes du plus célèbre guide touristique du Japon au monde post-apocalyptique de Buronson et Tetsuo Hara. Visite guidée.

Un guide Rurubu comme les autres, ou presque

Logo de la collection Rurubu de JTB Publishing appliqué à Hokuto no Ken

Au Japon, « Rurubu » (るるぶ) est une institution. Cette collection de guides de voyage, publiée par JTB Publishing, la branche édition du géant du tourisme JTB, accompagne les vacanciers japonais depuis des décennies. Son nom vient des syllabes finales de trois verbes, miru (voir), taberu (manger) et asobu (s’amuser). Chaque guide découpe sa destination en zones, propose des itinéraires modèles, des spots photo, des adresses où boire un verre, et note le tout avec de petites étoiles.

Le 23 mars 2026, JTB Publishing a publié un Rurubu pas comme les autres, le Rurubu Hokuto no Ken (るるぶ北斗の拳), sous-titré « Seikimatsu Saikyō Guide », le guide ultime de la fin du siècle. Le principe consiste à traiter le monde dévasté de Hokuto no Ken comme une destination touristique réelle, avec le sérieux éditorial d’un vrai Rurubu. La couverture annonce la couleur avec la promesse de « suivre les traces de Kenshiro et de ses plus puissants adversaires » à travers Southern Cross, GODLAND, la prison souterraine de Villainy, Cassandra, Medicine City ou encore les palais Rashōden et Taiseiden.

Couverture du mook Rurubu Hokuto no Ken publié par JTB Publishing

La sortie n’a rien d’un hasard de calendrier. Elle accompagne le lancement du nouvel anime Hokuto no Ken -FIST OF THE NORTH STAR-, diffusé au Japon depuis le 10 avril 2026 sur Tokyo MX et BS11, et en streaming mondial sur Prime Video. Le mook lui consacre d’ailleurs sa toute première double page, avec fiche technique, casting et staff.

Un concept tenu de bout en bout

Page d’ouverture du Rurubu Hokuto no Ken reprenant le prologue du manga

La grande force du livre est de ne jamais lâcher son concept. Le monde de 199X est traité comme une destination touristique tout à fait normale. L’univers de la licence, « enveloppé par les flammes nucléaires », y est présenté comme une contrée rude mais pleine de charme, que l’on visite en « laissant ses valeurs habituelles de côté » pour partir dans le voyage de la fin du siècle. La page d’ouverture reproduit le célèbre prologue du manga, le champignon atomique en pleine page, avant d’enchaîner sans perdre de temps sur un avertissement légal détourné. Les informations du guide sont celles de l’an 199X, elles peuvent avoir changé depuis à cause des violences et des destructions, merci de vérifier avant de réserver !

Sous l’habillage humoristique, le mook repose sur une relecture complète du manga. Les itinéraires, la position relative des villes, l’architecture des bâtiments et les circuits de visite ont été reconstruits à partir des scènes originales. Et quand le manga ne permet pas de conclure, le guide signale son hypothèse au lieu d’inventer une réponse.

Chaque lieu du manga devient un « spot » traité avec les rubriques classiques de la collection.

  • Voir (見る), points de vue, panoramas et « scènes cultes » à retrouver sur place.
  • Manger et boire (飲む・食べる), le bar de l’oasis près du village de Mamiya décroche trois étoiles au « degré de charme du bar », grâce à la personnalité de son patron. Les enfants y sont les bienvenus et les objets de valeur en sécurité, le stock étant gardé dans un coffre-fort. Le bar de Southern Cross, lui, avait le bon goût de servir dès la journée et pas seulement la nuit.
  • Jouer (遊ぶ), du saut à l’élastique depuis les étages supérieurs de la tour de Shin (là où Yuria a sauté, tout de même), du parkour dans les gratte-ciel de Southern Cross « sur le parcours de Kenshiro », ou une « street attraction » qui consiste à marcher sur le filet-piège du tout premier village du manga.
  • Acheter (買う), les bijoux du village d’artisans du Pays du Shura, ou pourquoi pas le marquage au fer rouge « croix de sang » pratiqué à Southern Cross, « design simple, souvenir garanti à vie ».
  • Dormir (泊まる), les geôles de Cassandra sont proposées comme hébergement. Les cellules communes sont « adaptées aux familles comme aux voyages de groupe », le cachot individuel devient une « suite spéciale pour petits groupes en quête d’intimité », et le réveil matinal est garanti par le personnel. Les moins téméraires opteront pour la chambre d’hôtes chez la vieille Toyo (« hospitalité maximale, fusil de défense inclus ») ou pour le club old-school de Jagi, avec chambres à l’étage et héliport sur le toit.

D’autres rubriques ont été inventées pour l’occasion. Les « vestiges historiques de combat » (闘いの史跡散策) font revivre les grands duels sur leur lieu même, à commencer par le sommet de la tour où Kenshiro affronte Shin. Les spots photo sont signalés par un pictogramme appareil photo. La rubrique « People! People! » présente les figures locales, Yuria et Shin, le patron du bar, ou Shōki le bienfaiteur du domaine de l’Empereur Céleste.

Le meilleur, ce sont les encadrés « créatures dangereuses » (出現危険生物), qui recensent les gangs locaux comme autant d’espèces animales. KING, Zeed, les GOLAN, le clan des Crocs et la bande de Jackal ont chacun leur fiche naturaliste, avec habitat, moyens de combat, chef de meute et statut de conservation. La plupart sont classés « éteints » (絶滅), autrement dit Kenshiro est passé par là. Quelques gangs n’obtiennent qu’un « éteint ? » ou un « dissous », deux mentions qui ne garantissent pas au voyageur qu’il ne les croisera pas.

Chaque zone reçoit en outre une note en étoiles dont le critère change à chaque fois, dans la plus pure tradition Rurubu détournée. Le village aux eaux souterraines est jugé sur son « degré d’émotion », Southern Cross sur son « degré de divertissement », le château de Hyoh et ses fontaines sur leur « degré de jeux d’eau », les champs de bataille du domaine de l’Empereur Céleste sur leur « degré de chute », le comté de Kaiser sur son « degré d’inhumanité » et Medicine City sur son « degré de bestioles ».

Neuf zones, des itinéraires modèles et des cartes « supposées »

Le cœur du mook est un guide par zones qui suit à peu près la chronologie du manga. Le monde est découpé en neuf grandes régions. Chacune a sa couleur de maquette, son itinéraire modèle numéroté et ses renvois de pages internes, exactement comme dans un vrai Rurubu.

Pages du guide consacrées au domaine de KING et à Southern Cross

Le domaine de KING (p. 16) ouvre le voyage avec le village aux eaux souterraines où tout a commencé, « le lieu du premier Hokuto Hyakuretsu Ken de l’histoire, une page émouvante », le village de Misumi et Southern Cross, présentée comme « la plus grande ville de divertissement de la région ». La visite guidée de la tour de Shin est comprise, étage par étage, du lobby jusqu’à la salle du trône et ses fauteuils somptueux « qui trahissent les goûts du maître des lieux ».

Les environs du village de Mamiya (p. 24) forment la « zone cœur » du guide, avec l’oasis et son bar, GODLAND et ses installations d’entraînement de l’armée de Colonel, le village défendu par Toyo, la prison souterraine de Villainy, et le village de Mamiya lui-même, réputé pour la qualité de sa sécurité depuis la disparition des GOLAN et de Jackal.

Pages du guide consacrées aux environs du village de Mamiya
Pages du guide consacrées au domaine du Roi du Poing et à Cassandra

Le domaine du Roi du Poing (p. 38) couvre les terres de Raoh, la ville à la statue de Jagi, l’oasis du sud, la région du « village du miracle » (Amiba n’est pas loin), la forteresse de Cassandra, « la légendaire prison-cité », et Medicine City, la ville médicale de Galf, où la rubrique « Jouer » recommande d’aller voir les chiens, « à condition de vraiment les aimer ».

La zone d’essor du Nanto (p. 49) suit Rei et Shû, avec la ville de Yuda, la planque des troupes anti-Empereur et l’immense chantier du Mausolée de la Croix du Saint Empereur. Un encadré « créatures dangereuses » y est consacré aux rabatteurs d’enfants de Souther, eux aussi éteints, on respire.

Pages du guide consacrées à la zone d’essor du Nanto
Pages du guide consacrées aux terres liées aux frères de Hokuto

La zone d’excursion du Roi du Poing (p. 52) explore les terres liées aux frères de Hokuto, villages natals, village de Toki, forteresse de Ryūga et palais de Raoh.

La zone de marche du Hokuto (p. 58) rassemble les lieux d’apparition des Cinq Étoiles du Nanto (Nanto Goshasei), le château du Dernier Général et le Hokuto Renkitōza.

Pages du guide consacrées à la zone de marche du Hokuto
Pages du guide consacrées au domaine de l’Empereur Céleste

Le domaine de l’Empereur Céleste (p. 76) est le cœur de l’arc de l’Empereur Céleste, avec le refuge de Shōki, la Cité où s’affrontent l’armée du Hokuto et Falco, et la Capitale impériale centrale de Jakoh, « seule ville encore rutilante de la fin du siècle », son canal, ses installations électriques alimentées par des centaines d’esclaves (« l’envers du décor à méditer ») et l’extérieur du palais impérial.

Le Pays du Shura (p. 88) est la section la plus fournie, des plages de débarquement (« prévoyez le camping, le terrain est rude après la côte ») au comté de Kaiser et au village de Leia, puis aux châteaux des trois Rashō, Han, Hyoh et Kaioh, jusqu’aux palais Rashōden et Taiseiden et à la tombe de la mère de Kaioh. La rubrique « Jouer » y propose même du cosplay, se déguiser en Shura pour « comprendre une culture différente par l’immersion », cape et masque intégral requis.

Pages du guide consacrées au Pays du Shura
Pages du guide consacrées à la zone d’aventure de Ryū

La zone d’aventure de Ryū (p. 104) clôt le périple sur les traces du fils de Raoh, Ryū, le village où il fut confié, la ferme de Kōketsu, le royaume de Sava et le royaume de Blanca, avant l’épilogue au repaire de Bolge (p. 110-111), joliment titré « la fin du voyage est le début du voyage… ».

Chaque zone comporte une « carte de la fin du siècle » façon parchemin, sobrement intitulée « schéma imaginaire des positions relatives » (位置関係想像図). Le manga n’ayant jamais donné de géographie précise, les auteurs reconstituent des cartes plausibles à partir des trajets des personnages. Une note de bas de page précise que « ce schéma sert uniquement à comprendre les déplacements des personnages et peut différer des distances et de la topographie réelles ». Ces cartes ne viennent pas du manga, elles ont été reconstituées pour le guide, dans le même faux sérieux que le reste du livre.

Le kit de survie du voyageur

Avant le guide proprement dit, le mook ouvre sur une section « La fin du siècle, c’est comment ? » qui compile quatre encyclopédies illustrées de cases du manga retraitées en bichromie.

L’encyclopédie des armes (p. 6) et le savoir de base (p. 4) donnent les conseils de survie, moyens de transport, liste d’équipement indispensable, armes recommandées par niveau et « préceptes du voyageur ».

L’encyclopédie des véhicules (p. 8) classe les moyens de locomotion. Les motos et les trikes forment « le véhicule roi de la fin du siècle », avec un comparatif des montures de Kenshiro, Jagi, Shin, Souther, Yuda, Falco, Kaiser, Mamiya, Bat et des différents gangs. Suivent les véhicules à quatre et cinq roues, les blindés de l’Empire Céleste, l’unique train du monde (celui d’un Shura de l’entourage de Kaioh, à vapeur, faute d’infrastructures électriques), les navires, dont le trois-mâts du pirate Akashachi, « probablement capable de naviguer en haute mer », et les véhicules des neiges dans les montagnes du royaume de Sava. La rédaction a même son coup de cœur, le buggy futuriste à pneus énormes, dont « le vrombissement est trop classe ! ».

Encyclopédie des véhicules du Rurubu Hokuto no Ken
Encyclopédie des animaux du Rurubu Hokuto no Ken

L’encyclopédie des animaux (p. 10) observe la faune survivante avec un œil de naturaliste, rapaces, corbeaux (observés en nombre au moment du duel entre Raoh et Toki), pigeons de la Capitale impériale, rats, chauves-souris, chiens (compagnons ou garde-manger, la question fâche), bœufs, félins et chevaux. Un encadré est consacré au légendaire Kokuō, le destrier de Raoh, « polyvalence en plus de la puissance », dont la rumeur dit qu’il serait le seul être à avoir survécu à un coup de Kenshiro. Reste une interrogation légitime, les poissons ont-ils totalement disparu ?

Une section culture (p. 12) et une check-list finale du voyage de la fin du siècle (p. 13) complètent l’équipement du parfait touriste post-apocalyptique.

Les lieux saints du Hokuto et du Nanto

Au milieu du guide, une section « Reprenez les lieux saints !! » (p. 68) recense les sites liés au Hokuto Shinken et au Nanto Seiken comme autant de monuments historiques. On y trouve le temple principal du Hokuto dans la montagne, dont les candidats évincés étaient immédiatement bannis, le dojo aux statues de gardiens Niō hautes de plusieurs mètres, le dojo « où l’on jette ses larmes » (celui où Raoh s’est interdit de pleurer), les cascades d’entraînement du jeune Kenshiro, le dojo gothique avec cage à tigre où s’entraînait Kenshiro à l’époque de la trahison de Jagi, le dojo de Fudô, et jusqu’à l’entrepôt de ce même dojo, probablement une ancienne salle des trésors, que Yuria avait réquisitionnée comme salle de mise bas pour un chien.

Pages du guide consacrées aux lieux saints du Hokuto et du Nanto

S’y ajoutent les « lieux liés aux gens du Hokuto ». La tombe de Ryūken a été érigée devant une statue de Kannon aux mille bras. La pierre tombale a été brisée par Shin, mais l’immense statue reste un précieux repère pour localiser le site. Viennent ensuite l’abri antinucléaire où les héros ont survécu deux semaines, et la clinique de Toki, qui inquiète le guide, car l’immeuble a de fortes chances de s’être effondré et les témoignages du faux Toki d’Amiba restent la meilleure source disponible.

Le mook contient même, d’après l’éditeur, un panneau photo « passe ta tête » à l’effigie de la Dekai Babaa, la fausse vieille du manga, le genre de panneau qu’on trouve devant les attractions touristiques japonaises.

Retour au manga

Un dernier élément ancre le délire dans la réalité. La toute dernière page (p. 112) propose une table de correspondance entre chaque zone du guide et les tomes de l’édition Shinsōban du manga (18 volumes), « pour retourner à l’original » si la nostalgie vous prend. Les 18 couvertures y sont reproduites, reliées à leurs zones par un jeu de points et de fils rouges. Après une centaine de pages passées à visiter un monde détruit, le guide referme le voyage en vous renvoyant au manga.

Fiche technique

  • Titre : Rurubu Hokuto no Ken (るるぶ北斗の拳), collection JTB no Mook
  • Éditeur : JTB Publishing
  • Sortie : 23 mars 2026 (Japon). Le colophon indique une première impression au 15 mars 2026 et une première édition au 1er avril 2026.
  • Format : AB (257 × 210 mm), 112 pages tout en couleurs
  • Prix : 1 500 ¥ HT, 1 650 ¥ TTC (environ 10 €)
  • ISBN : 978-4-533-17148-2
  • Langue : japonais uniquement
  • Copyright : © Buronson, Tetsuo Hara / Coamix 1983, © JTB Publishing 2026
  • Où l’acheter : librairies japonaises, Amazon Japon et sites d’import

Verdict

Le Rurubu Hokuto no Ken réussit là où beaucoup de produits dérivés parodiques échouent. Il ne se contente pas d’un gag de façade, il va bien plus loin en tenant son concept sur 112 pages sans jamais cligner de l’œil. La mise en page est celle d’un authentique Rurubu. Pictogrammes, couleurs, étoiles, cartouches, tableaux, itinéraires, encarts « un petit détour », tout y est reproduit. Le livre n’imite pas un Rurubu, c’est un vrai Rurubu, et c’est précisément ce sérieux graphique qui, par contraste, rend chaque page drôle. Sous la blague, le travail documentaire est réel. Les cartes reconstituées, les renvois de pages, la table de correspondance avec les tomes et le recensement quasi exhaustif des lieux du manga en font un ouvrage de référence sur la géographie du monde de Hokuto no Ken. Un objet indispensable pour tout fan, même sans lire le japonais, tant les cases en bichromie et la composition des pages racontent déjà l’essentiel.

Et si le cœur vous en dit après lecture, le filet-piège du premier village est classé comme attraction, les cellules de Cassandra acceptent les réservations et le bar de Southern Cross sert dès midi. Bon voyage, et n’oubliez pas, la plupart des créatures dangereuses sont officiellement éteintes !

Le mook n’existe qu’en japonais et n’a fait l’objet d’aucune édition française. Les titres de rubriques, les mentions et les extraits cités dans ce dossier ont été traduits par nos soins.

Rurubu Hokuto no Ken © JTB Publishing 2026. Hokuto no Ken © Buronson, Tetsuo Hara / Coamix 1983.

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