Quarante ans après l’adaptation de Toei en 1984, Kenshiro a fait son retour sur les écrans le 10 avril 2026, dans des conditions que peu de gens abordaient avec sérénité. Présentée comme un projet anniversaire, portée par une promesse de fidélité au manga de Tetsuo Hara et Buronson, cette nouvelle série diffusée sur Prime Video a pourtant été plombée dès son premier trailer par une CGI qui inquiétait les fans. Durant son premier bloc de quatorze épisodes, elle a tenté de répondre à une question simple : un Hokuto no Ken soigné, fidèle et majoritairement animé en images de synthèse peut-il retrouver l’âme du manga original ?
Nous avons suivi cette première salve épisode par épisode, du combat contre Zeed jusqu’au piège tendu par Kiba Daiō. Ce dossier n’a pas vocation à être un énième verdict, il propose le recul que les critiques hebdomadaires ne pouvaient offrir, une lecture d’ensemble du parcours narratif, de la trajectoire technique, du son, du casting vocal et des choix d’adaptation, avant la longue coupure qui sépare cette première partie de la suite, attendue pour 2027.
Le parcours narratif des 14 épisodes
Ce premier bloc de quatorze épisodes couvre le début du manga jusqu’au chapitre 38, de l’errance de Kenshiro jusqu’à la chute de Kiba Daiō. Au-delà d’un simple résumé, ce parcours raconte aussi, en filigrane, la manière dont la série a cherché, et parfois trouvé, son équilibre.
Les premiers épisodes installent l’univers et son héros. Kenshiro arpente le désert post-apocalyptique, croise la route de Bat et de Rin, puis affronte les pillards de Zeed avant de se mesurer à Spade et aux autres hommes de King. C’est la séquence d’introduction classique de Hokuto no Ken, mais aussi la plus ingrate visuellement, la noirceur assumée des images, que le réalisateur Maeda conçoit comme le reflet d’un monde sans espoir, s’accompagne d’une CGI encore hésitante. L’univers se met en place, le ton est juste, mais l’œil bute sur les errances techniques de certains passages.
Place ensuite au dénouement de l’arc Shin, véritable sommet émotionnel du début de la série. Les retrouvailles avec celui qui a marqué le torse de Kenshiro des sept cicatrices et lui a arraché Yuria atteignent leur point culminant à l’épisode 5, où la mort de Shin est mise en scène sans aucun triomphalisme. C’est ici que le travail sonore prend tout son sens, à l’inverse du thème héroïque de 1984, l’anime de 2026 fait résonner une partition grave, un choix que le directeur du son Konuma justifie par la solennité de cet instant, ce moment où Kenshiro prend conscience de ce qu’il devra désormais porter. Cet épisode cumule les deux principaux défauts de la série : Shin est magnifiquement animé en 2D lors des flashbacks, mais devient méconnaissable une fois passé en images de synthèse. De plus, les partis pris en matière d’éclairage et de lumière ne convainquent pas toujours.
L’arc narratif centré sur le Golan et le Colonel illustre parfaitement le parti pris fort de cette adaptation : une fidélité au manga jusque dans ce que l’anime de 1984 avait retiré. Là où la version originale avait profondément trahi cet arc, en réduisant le Colonel à un simple subordonné de Shin et en effaçant tout son passé, la nouvelle série lui redonne sa véritable trajectoire, telle que le manga l’avait écrite. Le flashback consacré à cet officier des bérets rouges, trahi par une hiérarchie corrompue, retrouve ainsi toute sa place. Il est d’ailleurs très bien mis en scène, avec de nombreux plans en 2D d’une belle qualité, même si l’on reste souvent sur des plans fixes.
L’arc de Jackal constitue un véritable point de bascule dans la série. C’est à partir de l’épisode 8 que la série atteint son premier véritable sommet technique. C’est également à ce moment-là que le casting livre ses prestations les plus fortes, avec un Jackal particulièrement sarcastique et bien incarné. Devil Rebirth fait également son apparition, sa stature colossale est rendue de façon très convaincante, il dégage une puissance impressionnante, et son affrontement avec Kenshiro est à la fois dynamique et remarquablement mis en scène. Les épisodes de cet arc marquent une embellie, même si rien n’est jamais totalement acquis d’une semaine sur l’autre, avec toujours quelques plans ou choix d’éclairage qui laissent perplexe.
Le dernier arc narratif de ce bloc est celui de Rei et du clan des Kiba, et il s’agit sans doute du plus abouti. L’arrivée de Mamiya, dont le visage rappelle à Kenshiro celui de Yuria, et surtout celle de Rei, lance une longue séquence durant laquelle le Nanto Suicho Ken s’impose avec force, porté par la performance vocale de Nakamura Yuichi, que nos critiques n’ont cessé de saluer. C’est également au sein de cet arc que se déroule une scène sur laquelle Maeda attire particulièrement l’attention, et à laquelle il tient visiblement : celle où Kenshiro se retrouve face à Rei, et ne lève le poing qu’en tout dernier recours, par respect pour son nouvel allié. Le réalisateur confie d’ailleurs un attachement personnel au personnage, au point d’avoir réalisé lui-même les effets de ses techniques, quitte à se faire gronder par l’équipe pour en avoir trop fait. Le dialogue dans lequel Kenshiro rappelle à Rei qu’ils sont semblables, deux hommes qui se battent pour une femme, Kenshiro pour Yuria, Rei pour sa sœur Airi, atteint une intensité dramatique rarement égalée dans l’ensemble de la saison. L’arc se conclut sur la défaite de Kiba Daiō et l’introduction de Jagi.
C’est sur l’arrivée de ce personnage emblématique que la saison se termine, en présentant celui qui a poussé Shin à marquer le torse de Kenshiro de ses sept cicatrices. Son entrée, portée par la voix de Takagi Wataru, un jeu de lumières rouges, ainsi qu’un court teaser final, désigne sans ambiguïté l’adversaire qui ouvrira la suite, attendue pour 2027. Ce premier chapitre s’achève donc sur une note à la fois douce-amère et chargée d’attente. L’univers de Hokuto no Ken a posé ses fondations, et ses plus grands affrontements restent à venir.
Réalisation et character design
C’est précisément sur ce terrain que se joue l’essentiel du débat autour de l’anime 2026, et c’est aussi là que le recul offert par un bilan s’avère le plus précieux. La trajectoire technique de ce premier bloc raconte en effet une histoire qu’aucun épisode pris isolément n’aurait pu résumer. Fait assez rare pour être souligné, nous disposons aujourd’hui de trois entretiens accordés par le réalisateur Maeda Hiroshi à MANTAN, The Television et Magmix, fin juin 2026, où il revient en détail sur les choix artistiques de la série. Ces échanges nous permettent de confronter nos observations hebdomadaires aux intentions réelles de la production. Détail qui n’a rien d’anodin, il s’agit de sa toute première réalisation en tant que réalisateur principal, et sa découverte de l’œuvre remonte à l’enfance, dans la salle d’attente d’un dentiste, fasciné et terrifié par les gerbes de sang d’un Weekly Shonen Jump.
La question qui fâche, celle du recours massif à la 3D numérique, trouve d’emblée sa justification, et elle mérite d’être entendue avant tout jugement. Maeda explique que le trait dense du Hara de ces dernières décennies, cette profusion de lignes, cette épaisseur, devient presque intenable en 2D pure sur la durée d’une série, tant en termes de coûts que de gestion de la qualité. Le modèle 3D permet de préserver cette densité propre au manga tout en autorisant de nombreuses retouches, qui seraient bien trop onéreuses pour un anime entièrement réalisé en 2D. Autrement dit, la 3D n’est pas un raccourci pour rogner sur la qualité, mais le moyen de tenir cette densité que la 2D ne pourrait porter. Et elle n’est pas seule en scène, le dessin 2D intervient plan par plan, pour les gros plans d’expression et les moments iconiques. Maeda souligne d’ailleurs la présence d’animateurs de renom, au premier rang desquels Jun’ichi Hayama, figure historique des adaptations animées de Hokuto no Ken.
Les cinq premiers épisodes illustrent clairement le problème central. Si la direction artistique de cet univers post-apocalyptique est plutôt réussie, la CGI se heurte à deux défauts récurrents : des animations faciales figées, totalement dépourvues d’émotion, et des transitions si abruptes entre les séquences en 2D et en 3D qu’on a parfois l’impression de suivre deux séries différentes en alternance.
Maeda, de son côté, ne nie pas les limites de la technique. Il reconnaît que les plans rapprochés durcissent le rendu 3D, et qu’il faut alors compenser par le dessin, l’enjeu étant de marier les deux approches sans que le spectateur ne s’en rende compte. C’est précisément ce mariage qui a mobilisé un travail de modélisation acharné, ce que le character designer Hisatsune Naoki concevait pour retranscrire le trait de Hara, les modeleurs 3D le reprenaient sans relâche, ajoutant un trait par-ci, un aplat de noir par-là, jusqu’à obtenir le rendu visé. Maeda en tire d’ailleurs une vraie fierté. Reste que, de notre côté, l’inégalité que nous pointions chaque semaine est la rançon de ce pari : marier le dessin et la 3D sans que la frontière, parfois trop nette, ne saute aux yeux.
La noirceur qui surprend dans les premiers épisodes a elle aussi une explication. Maeda assume pleinement ce choix narratif : plonger délibérément le début dans les ténèbres, car tant que Kenshiro n’a pas fait son entrée, ce monde n’est qu’un enfer sans espoir. Puis, au fil de ses actions, la lumière gagne du terrain, jusqu’à cet ending baigné par le soleil. Cette maîtrise de la lumière, héritée de son expérience de directeur de la photographie, imprègne chaque plan. Maeda n’hésite pas à plonger la moitié, voire les deux tiers des visages dans l’ombre, tout en soulignant les contours d’un fin liseré de lumière blanche, le rim light, qui fait ressortir silhouettes et expressions.
La couleur obéit à la même logique, guidée par l’émotion : l’or pour le combat contre Shin, le vert pour celui de Heart, le bleu pour les scènes de peur etc… Ce parti pris, Maeda le relie à une parole de Hara : dans ce monde de fin de l’humanité, lui aurait dit l’auteur, les évidences ordinaires n’ont plus cours et chacun porte en lui quelque chose de brisé, ce qui autorise des teintes affranchies de toute vraisemblance. L’intention est bonne, reste que cette esthétique de l’ombre se retourne parfois contre elle-même.
Dans le feu de certains combats, ou pendant de simples scènes de transition, l’image devient si sombre qu’on peine à suivre l’action, et le souci d’ambiance finit par desservir la lisibilité. À l’excès d’ombre répond d’ailleurs son contraire : sur les cinq premiers épisodes, certains combats se déroulent devant des arrière-plans entièrement blancs, vides et sans relief, qui cassent net l’immersion au lieu de la soutenir.
En définitive, le rendu visuel témoigne d’une réelle progression au fil des épisodes, mais celle-ci n’est ni constante ni linéaire. Elle se voit régulièrement entravée par une inégalité persistante, rançon d’une ambition qui consiste à associer deux techniques d’animation très distinctes sans renoncer à aucune d’elles.
Le son et la musique, l’âme sonore du Hokuto
Si l’esthétique visuelle de cette adaptation a suscité de vifs débats, son travail sonore mérite une attention que le visionnage hebdomadaire tend à négliger. Dans Hokuto no Ken, le son est un personnage à part entière : le claquement des points de pression, les râles d’agonie, les cris des pillards participent à l’identité de l’œuvre tout autant que les silhouettes de Tetsuo Hara.
Une interview du directeur du son, Konuma Noriyoshi, publiée sur Magmix le 25 juin, éclaire ce pan méconnu de la production. Sa philosophie tient en une formule : la série de 1984 avait déjà offert une réponse sonore convaincante, et il s’agissait de la réinterpréter sans la recopier, à la manière d’un art traditionnel dont on respecte les codes sans s’y enfermer. Le traitement des pillards est particulièrement intéressant, Konuma rattache leurs cris, à commencer par le fameux « hyahha », à l’héritage de Chiba Shigeru et de l’école de doublage des années 80, et les confie non à des débutants, mais à des comédiens aguerris comme Fukushima Jun et Mamiya Yasuhiro, avec pour consigne de jouer la folie et de laisser transparaître une humanité perdue sous la caricature.
La bande originale mérite d’être défendue, et le compositeur Hayashi Yuki en livre les clés. Connu pour des partitions plus lumineuses, sur Haikyu!! ou My Hero Academia, on pouvait le croire à contre-emploi. Il explique avoir abordé la composition avec une question centrale : comment traduire en musique le sentiment de fin du monde et de dystopie qui imprègne cet univers ? Sa réponse a été de faire du rock et du metal la colonne vertébrale de la bande-son, des éléments qu’il juge indispensables à l’œuvre. Cette lourdeur n’est donc pas un défaut subi, mais un parti pris pleinement assumé et théorisé. Mais réduire cette partition au seul metal serait injuste, Hayashi y déploie une palette instrumentale d’une grande finesse, que nous explorerons dans un prochain dossier consacré à la musique de la franchise.
Pour l’ending, la production a confié à Toshl, la voix de X Japan, une reprise du mythique « Ai wo Torimodose!! ». Le magazine Young Guitar, qui consacre en juillet 2026 un dossier complet à la musique de la franchise, qualifie ce morceau d’hymne symbole de l’œuvre. Détail intéressant, Toshl révèle que sa voix mixte, cette technique qui lui permet de pousser des aigus puissants, vient de l’imitation, étant enfant, du atatatata de Kenshiro. Il a appris à chanter sans le savoir, en imitant le héros. Ce même cri traverse d’ailleurs les générations. Quarante ans plus tard, le réalisateur Maeda raconte avoir entendu Takeuchi, la nouvelle voix du héros, s’entraîner sans relâche à ce même atatatata pendant les pauses, partout, tout le temps, tant son investissement dans le rôle était total. Un même cri, repris d’une génération à l’autre.
L’opening, quant à lui, a été confié au groupe de rock [Alexandros], qui signe « Hallelujah », paroles et musique de son chanteur Kawakami Yohei. Le contraste entre cette modernité rock en ouverture et la reprise patrimoniale en clôture résume l’équilibre que toute l’adaptation cherche à trouver, un pied dans l’héritage de la franchise, un pied dans l’époque actuelle.
Le casting vocal, la grande réussite de la saison
S’il y a un point sur lequel tous les verdicts convergent, c’est le doublage japonais. Mais en lisant les commentaires officiels de chaque comédien, un fil rouge se dégage, presque tous entretiennent avec Hokuto no Ken un rapport intime, ancien, noué souvent dans l’enfance. Ce n’est pas un casting conventionnel, c’est une réunion de fans.
Takeuchi Shunsuke, la voix de Kenshiro, a découvert l’œuvre à l’école primaire et livre une clé de lecture qui dépasse son rôle : pour lui, Hokuto no Ken est avant tout une histoire d’amour. Sa préparation force le respect et illustre à elle seule cet esprit d’héritier. Il a visionné toutes les interprétations passées de Kenshiro, des anime aux jeux vidéo en passant par le pachinko et les doublages étrangers. Surtout, Takeuchi rappelle une filiation que l’on réduit trop souvent au seul Bruce Lee. Il explique avoir nourri son interprétation de l’acteur Matsuda Yusaku, l’un des modèles de Kenshiro chez Hara au même titre que Bruce Lee, dont il a étudié les rôles de jeunesse jusqu’à en reprendre la posture. Son partenaire Shimono Hiro, qui gardait en tête le Kenshiro plus expressif de Kamiya Akira, confirme sentir chez ce nouveau Kenshiro cette filiation, et une force née de son mutisme énigmatique, où le poids de chaque mot porte davantage.
Un consensus se dégage par ailleurs autour d’un personnage, Rei, cité comme personnage préféré par plusieurs comédiens et par le réalisateur lui-même, ce qui rendait d’autant plus attendue la performance de Nakamura Yuichi, saluée épisode après épisode. L’arc Jackal offre au casting ses moments les plus marquants, avec un Matsuyama Takashi parfait en lâche admirable, et un Shirokuma Hiroshi qui raconte avoir joué Devil Rebirth en s’imaginant réellement gigantesque. Le casting féminin convainc tout autant, d’Aoki Ruriko en Mamiya, dont elle fait une cheffe à la fois dure et aimante, à Inagawa Eri qui prête à Airi, la sœur de Rei, une fragilité poignante.
Ce soin se vérifie jusqu’au bas du générique, dans les rôles de pillards et autres punks. Fukushima Jun, qui les incarne par dizaines, raconte avoir gardé en tête un conseil des aînés de la série d’origine : même un pillard a une vie, et l’imaginer au-delà de sa réplique rend le jeu plus riche. Que même ces personnages voués à disparaître en quelques secondes aient reçu une telle attention en dit long sur l’esprit de ce doublage.
Manga VS anime 2026, le pari de la fidélité
C’est l’argument principal de cette adaptation depuis son annonce, et ce qui la sauve aux yeux des puristes : la fidélité au manga original. Sur l’ensemble de cette première partie, la promesse est tenue avec une constance remarquable. Le réalisateur rapporte pourtant une consigne surprenante de Tetsuo Hara en personne : « tu peux ignorer l’œuvre originale, tu peux la casser ». L’auteur a encouragé Maeda à viser le divertissement, à condition de respecter fermement le message et le fil du récit.
Le choix le plus respectable est l’absence quasi totale de filler. L’exemple le plus éloquent est le Colonel, à l’épisode 7, son flashback politique, supprimé dans l’anime de 1984, est restauré ici comme dans le manga. L’anime 2026 fait le choix inverse de son aîné, revenir au texte là où la version animée la plus célèbre s’en était écartée. Encore faut-il rendre justice à cette dernière, diffusé en simultané avec la parution du manga, l’anime de 1984 rattrapait sans cesse une histoire encore en cours d’écriture, et devait meubler par des épisodes de transition pour ne pas dépasser sa source. L’adaptation de 2026 ne connaît pas cette contrainte, elle puise dans une œuvre achevée depuis quarante ans, dont elle peut suivre le fil sans le moindre délai. Cette fidélité a un revers. Côté japonais, certains regrettent la disparition du système des directeurs d’animation multiples qui, dans l’ancienne série, faisaient varier le character design d’une semaine à l’autre.
La réception mondiale, un accueil très mitigé
Dès sa sortie, cet anime a suscité des réactions très tranchées sur son esthétique, et, comme nos verdicts hebdomadaires, l’opinion mondiale s’est nuancée au fil des semaines. D’un pays à l’autre, un même constat s’impose : d’un côté, la fidélité à l’œuvre originale et le choix des comédiens de doublage japonais, de l’autre, les images de synthèse et l’animation. L’avertissement le plus frappant est venu de l’auteur lui-même. Avant même la diffusion, Tetsuo Hara recommandait au public de ne pas trop attendre des premiers épisodes.
C’est au Japon que l’accueil a été le plus chaleureux. Sur Filmarks, la note s’est fixée autour de 3,5 sur 5, portée par un consensus durable. La fidélité au manga et un casting vocal convaincant sauvent ce que la CGI handicape. Plusieurs spectateurs ont salué le retour du fameux bruitage des points vitaux et la présence de vétérans comme Chiba Shigeru en pillards, tandis que la reprise de Toshl en ending faisait l’unanimité. Une réserve revenait de façon récurrente, la bande originale, jugée trop sage, à laquelle certains auraient préféré l’emphase dramatique de la série de 1984.
Au lancement, la critique anglophone s’est montrée sévère sur la forme. Anime News Network a vivement critiqué les animations faciales, comparant les personnages à des marionnettes dès qu’ils tentaient d’exprimer une émotion, et a déconseillé le doublage anglais, jugé désastreux. En revanche, dès la mi-avril, Screen Rant a renversé la vapeur avec un constat plus nuancé, bien meilleur que ce que l’on redoutait. Le premier teaser de 2025, jugé catastrophique, avait tellement abaissé les attentes, que la série, sans atteindre les sommets d’une 3D à la Beastars, réservait d’agréables surprises dans ses grandes scènes d’action.
En Italie, le ton a été plutôt sévère. Fumettologica a titré sur la déception. De son côté, Il Cineocchio a attribué une note de 5,5 sur 10, résumant bien l’avis général : une adaptation correcte et fidèle sur le plan narratif, trop irrégulière toutefois dans sa forme pour restituer l’épopée émotionnelle du classique. Le site partenaire 199X Generazione Hokuto se montre nettement plus sévère, tout en revendiquant la lucidité du passionné plutôt que la nostalgie. Son auteur rappelle que le vrai fan ne souhaite pas l’échec d’une adaptation, mais au contraire qu’elle soit assez réussie pour faire oublier l’ancienne. Il refuse d’ailleurs le fanatisme consumériste, estimant que c’est à la production de convaincre par elle-même, et se dit malgré tout curieux du second acte.
En France, le clivage a été particulièrement marqué. La presse spécialisée n’y est pas allée de main morte. Le site Unification France a qualifié la série de trop sombre, trop bavarde et graphiquement ratée, tout en dénonçant le doublage français comme l’un des pires jamais réalisés, à éviter au profit de la version originale. De son côté, le public s’est montré partagé sur AlloCiné ou sur les sites spécialisés. D’un côté, les déçus de la 3D, jugée générique et dépourvue d’âme, de l’autre, les fans de la première heure, soulagés de retrouver enfin la violence et la cohérence des dialogues que la censure des années 80 leur avait refusées.
Notre bilan de la première saison
Au terme de ces quatorze épisodes, l’impression qui domine est celle d’un pari à moitié tenu. Ce que cette nouvelle adaptation réussit le mieux, c’est sa fidélité, elle revient au manga sans le trahir, restaure ce que l’anime de 1984 avait coupé et écarte les épisodes filler qu’il avait ajoutés. Elle retrouve la violence et la gravité que la censure d’époque avait lissées. On a aimé l’ambition de sa réalisation quand elle vise juste, la richesse de son volet sonore, un casting vocal japonais habité jusque dans les seconds rôles, et cette reprise de Toshl qui boucle plus de quarante ans d’histoire. Surtout, la série progresse visuellement, et termine sur son meilleur épisode.
Ce que l’on regrette tient surtout en un mot : l’inégalité. La CGI, condition assumée pour animer le trait de Hara, livre le pire comme le meilleur, parfois dans le même épisode, et ces visages figés ou ces transitions abruptes restent le talon d’Achille de la série. Le character design lui-même manque de constance, convaincant sur les figures fortes mais plus discutable sur Mamiya ou sur les personnages très secondaires, comme les villageois. La gestion de la lumière nous laisse aussi perplexes, une obscurité souvent envahissante qui nuit à la lisibilité, et, sur les cinq premiers épisodes, ces arrière-plans blancs qui surgissent en plein combat et cassent net l’immersion. C’est le prix d’un choix technique assumé, et l’on espère que le second bloc saura réduire ces défauts.
Reste la question centrale pour tout anime d’action : l’animation des combats. Là encore, le bilan est inégal. Dans ses meilleurs passages, la série propose des affrontements dynamiques et fluides, qui donnent vie aux planches de Hara. C’est le cas du Hokuto Hyakuretsu Ken dans l’épisode 1. Mais ces réussites restent l’exception. Trop souvent, l’animation manque de souplesse, la caméra reste figée, et certains combats peinent à transmettre leur intensité. Par moments, la mise en scène paraît timide, certains plans manquent d’ampleur, et la lisibilité est parfois confuse dans le feu de l’action. La 3D promettait le spectacle que l’animation traditionnelle ne pouvait offrir, elle ne tient ce pari que par intermittences.
Reste l’essentiel, on a retrouvé Kenshiro. Imparfaite mais sincère, cette adaptation tient sa promesse de fidélité, et l’arrivée de Jagi en toute fin d’épisode aiguise déjà l’attente de 2027.
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