Comme tous les vendredis, on revisite une gamme de figurines Hokuto no Ken. Cette semaine, direction Sendai, dans le nord du Japon, où une boutique de maquettes a fait ce qu’aucun magasin ne fait d’ordinaire, produire ses propres statues sous licence officielle.
On connaît les grands noms de la figurine japonaise, Kaiyodo, Bandai, Medicos. On connaît moins ces boutiques qui, un jour, ont décidé de fabriquer elles-mêmes ce qu’elles vendaient. Noda-Ya, la plus grande enseigne de hobby du Tohoku, fut de celles-là. Entre 2002 et 2006, elle a produit quatre personnages Hokuto no Ken en cold cast au 1/6, de Kenshiro à Souther, sculptées par son artisan maison 関東武久. Des pièces confidentielles, tirées à peu d’exemplaires, devenues aujourd’hui parmi les plus convoitées du merchandising de la série.
La boutique qui fabriquait ses statues
L’idée peut surprendre, un magasin qui devient son propre fabricant. Noda-Ya s’y est pourtant lancée avec les méthodes du garage kit haut de gamme, un sculpteur attaché à la maison et des ventes sur commande. Le choix du cold cast, une résine chargée de poudre minérale dont le poids et le grain évoquent la pierre, dit tout du niveau visé, on est loin du produit de masse. La première statue, un Kenshiro sorti fin février 2002, était affichée à 16 280 yens, et les suivantes grimperont jusqu’à dépasser les 20 000. Socles soignés, coloris multiples pour un même personnage, la démarche relevait déjà du collector de pointe, à une époque où le marché premium des statues n’existait pour ainsi dire pas encore.
Une boutique marquée par l’histoire du Tohoku
Ouverte en 1976 dans le quartier de Nankodai, à Sendai, sous l’enseigne Noda-Ya Gun & Hobby, la boutique s’était imposée au fil des décennies comme la plus grande du Tohoku dans son domaine, avec un rayon qui couvrait aussi bien les maquettes Gunpla que les figurines, les garage kits, les répliques d’armes ou les Mini 4WD. Une figurine géante de Tetsujin 28, dressée dans le magasin, en était devenue le symbole reconnaissable entre tous.
En mars 2011, le grand séisme de l’est du Japon frappe durement la région de Sendai. Le bâtiment de Noda-Ya subit des dégâts si lourds qu’il est officiellement classé en destruction totale. Plutôt que de renoncer, la boutique entreprend d’importants travaux et parvient malgré tout à rouvrir, prolongeant son activité une décennie de plus. C’est finalement la vétusté du bâtiment, condamné à la démolition, qui aura raison d’elle, Noda-Ya ferme ses portes le 15 octobre 2023, après quarante-huit ans d’existence. Un épisode dit bien l’attachement de l’équipe à ses créations, en mars 2016, elle annonçait sur ses réseaux avoir exhumé de son entrepôt quelques Souther oubliés là depuis dix ans, aussitôt remis en vente.
L’aventure ne s’est pas tout à fait arrêtée là. Les modélistes qui assuraient le service de fabrication sur commande de la boutique se sont regroupés pour fonder leur propre structure indépendante, baptisée P.A.NDLa, perpétuant ce savoir-faire au-delà de la disparition du magasin qui l’avait vu naître.
Quatre volets, de 2002 à 2006
La série s’ouvre donc sur Kenshiro, en février 2002. Noda-Ya choisit de le figurer tel qu’il était avant l’histoire, la poitrine encore intacte, avant que Shin n’y grave les sept cicatrices. Le personnage reviendra ensuite sous plusieurs habillages de couleur au gré des tirages. Vient Rei à l’été 2003, d’abord dans un coloris classique, puis dans une saisissante variante aux cheveux blanchis, clin d’œil au destin du maître du Nanto Suicho Ken, dont la chevelure vire au blanc une fois frappé par le Shinketsu Shu de Raoh.
Le troisième à rejoindre l’étagère est Juza, le plus redoutable des Goshasei, campé sur un socle en marches de pierre. Les collectionneurs le connaissent sous deux formes, l’une bras tendu, l’autre bras replié, qui ne diffèrent pas que par la pose, la sculpture et surtout la peinture de l’armure dorsale changent de l’une à l’autre. Reste le clou de la collection, Souther, arrivé en août 2006. Avec ses 38 centimètres, le Saint Empereur domine toute la gamme, trônant sur un socle qui lui est propre, deux paires d’épaulières fournies, les classiques et celles hérissées de dragons. Là encore deux tirages, une version standard et une déclinaison verte en série limitée.
Ce qu’il reste de Noda-Ya
De cette boutique de Sendai, il ne reste que ces quelques statues qui circulent encore, comme autant de témoins d’une époque où un magasin pouvait devenir fabricant par pure passion. Pour le collectionneur d’aujourd’hui, chacune est un morceau d’histoire autant qu’une figurine.
Le détail des quatre statues et de leurs déclinaisons est à retrouver dans notre fiche consacrée à la Hokuto no Ken Statue Series de Noda-Ya.