
« L’allure des hommes qui se battent » : Tetsuo Hara en 1986, en pleine parution de Hokuto no Ken (All About The Man)
Fiche technique
- Date
- 5 septembre 1986
- Type
- Livre / databook
- Intervieweur
- Rédaction du Weekly Shōnen Jump (non crédité)
- Protagonistes
- Tetsuo Hara
- Traduction
- Hokuto Chronicles
En 1986, en pleine parution de la série, le Weekly Shōnen Jump publie un numéro spécial grand format entièrement consacré à Hokuto no Ken, All About The Man. Le numéro réserve une page de portrait à chacun des deux auteurs. Celle de Tetsuo Hara, en page 31, est suivie en page 32 d’une interview courte en vingt-deux questions, menée par la rédaction, sur ce qu’il a voulu dessiner, ses personnages, ses influences et l’état de ses forces alors que la série entre dans sa deuxième partie. L’interview de Buronson, deux pages plus tôt, répond à un questionnaire très proche. Traduit par nos soins.
« Ce que je voulais dessiner, c’est l’allure des hommes qui se battent »
Jump. Pour commencer, qu’avez-vous voulu dessiner avec Hokuto no Ken ?
Hara. Voyons… L’allure des hommes qui se battent.
Jump. Depuis le début de la série, y a-t-il eu des anecdotes amusantes ?
Hara. Rien de particulier. Dessiner, c’est toujours éprouvant.
Jump. En dehors de Kenshiro, quel personnage aimez-vous ?
Hara. Shû. Avec lui, j’ai eu l’impression de sortir des beaux rôles que j’avais dessinés jusque-là. Et du point de vue de l’histoire aussi, c’était réussi.
Jump. Y a-t-il des personnages faciles à dessiner, et d’autres difficiles ?
Hara. Ça dépend de la forme du moment. Aucun n’est particulièrement facile.
Jump. Hokuto no Ken fait défiler toutes sortes d’arts martiaux. Lequel préférez-vous ?
Hara. Celui de Rei, le Nanto Suichōken. Graphiquement aussi, il a bien fonctionné.
Jump. La scène de Hokuto no Ken qui vous a le plus marqué ?
Hara. Vers le dixième chapitre, le passage de Shin.[1] C’était la première césure. Ces moments-là, on les garde tous en mémoire.
Jump. Avant la série hebdomadaire, il y a eu dans Fresh Jump un Hokuto no Ken original de votre main, repris dans ce numéro. Quel souvenir en gardez-vous ?
Hara. Je croyais devenir fou. Je n’avais pas d’assistant. Bon, pour les finitions, on m’a donné un coup de main. Comme ça a plu, tout va bien, mais si ça n’avait pas plu, c’était la catastrophe.
Jump. Vous avez ensuite travaillé avec Buronson. Qu’est-ce que ça a changé ?
Hara. L’histoire a gagné en poids, et en ampleur aussi. C’était très bien.
Jump. Buronson vous fait-il des demandes sur le dessin ?
Hara. Presque jamais.
Jump. Qu’aimez-vous dans votre dessin, quel est son point fort ?
Hara. Le réalisme, peut-être. Je dessine dense, et je cherche à rendre une impression de réel.
Jump. Et les scènes d’action ?
Hara. Je fais attention à ne pas être trop cruel. Si le lecteur garde un mauvais arrière-goût, je n’aime pas ça. Sukatto, sukatto ![2] C’est pour ça que les crapules, je les dessine comme des monstres. Ce qu’on tue, ce n’est pas un humain, c’est un monstre. Voilà l’idée.
Jump. Entre les crapules et les beaux rôles, lesquels prenez-vous le plus de plaisir à dessiner ?
Hara. Les deux. Rien que des beaux rôles, on se lasse. Rien que des crapules, pareil. Avec les deux, l’équilibre est bon.
Jump. Y a-t-il des gens ou des œuvres que vous prenez pour modèles ?
Hara. Voyons… Si des réalisateurs de cinéma font l’affaire, George Lucas et Spielberg.
Jump. Vous aimez le cinéma ?
Hara. Oui. À la base, j’aime l’image. Au point d’avoir envie de faire le manga, lui aussi, entièrement en quatre couleurs. L’idéal, pour moi, c’est un manga qui soit comme du cinéma, mais qu’on savoure plus simplement que le cinéma.
Jump. Qu’est-ce qui retient le plus votre attention en ce moment ?
Hara. Les films de Sylvester Stallone et d’Arnold Schwarzenegger.
Jump. Vous allez souvent au cinéma ?
Hara. Oui, assez. Un bon film, je vais le voir sans m’arrêter au genre.
Jump. Et côté manga, qui suivez-vous ?
Hara. Jirō Taniguchi, Ryōichi Ikegami.
Jump. En dehors de Hokuto no Ken, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez dessiner ?
Hara. Oui. Un récit de guerre, par exemple. Sur le Vietnam. Et un récit historique. Pas le genre de chose qu’on fait à la télévision, plutôt quelque chose comme le Ran de Kurosawa.[3] Avec partout des personnages comme Kenshiro. Kenshiro est un personnage capable de ça, je crois. Ah, et aussi un récit de futur proche, plus proche encore que Hokuto no Ken.
Jump. Et dans ces œuvres-là aussi, le thème serait le combat des hommes ?
Hara. Oui.
Jump. Hokuto no Ken est entré dans sa deuxième partie. Qu’en dites-vous ?
Hara. Des choses à faire, j’en ai beaucoup, et là-dessus je ne me fais aucun souci. Mais mon corps est en morceaux, il ne suit plus, et ça m’ennuie.[3] Quand la condition physique s’effondre, ça se voit dans l’œuvre. Quand je relis les anciens volumes reliés, comment dire… mon âme y est. Le moi de ce moment-là y est.
Jump. Pour finir, si vous surviviez à une guerre nucléaire, que seriez-vous en train de faire ?
Hara. Je serais en train de dessiner ça en manga. Sûrement.
Jump. Et là, si vous rencontriez Kenshiro ?
Hara. Je le suivrais.
Note de lecture
Les deux intertitres de la page, dont celui repris en tête de cette fiche, sont de la rédaction, qui a tiré deux réponses de Hara en titres. L’encadré de profil de la page de portrait, qui relève du numéro et non de Hara, le présente comme né le 2 septembre 1961 à Tokyo, diplômé du lycée Hongō, ancien assistant de Yoshihiro Takahashi, lauréat en 1982 du 33e prix Fresh Jump pour « Super Challenger », avec « Mad Fighter » pour œuvre de débuts.
- ↑ La précision « le passage de Shin » est imprimée entre parenthèses dans la réponse et fait partie du texte publié.
- ↑ « Sukatto » (スカッと) est une onomatopée courante en japonais pour une sensation nette de soulagement, celle d’être rafraîchi, libéré d’un poids. En la répétant, Hara dit l’effet qu’il veut produire chez le lecteur, un plaisir franc et sans malaise, à l’opposé du mauvais arrière-goût qu’il évoque juste avant. C’est pour cela qu’il dessine les crapules en monstres, car leur mort doit soulager, pas déranger.
- ↑ Deux réponses trouvent un écho quarante ans plus tard dans l’entretien de Kōken : le récit historique rêvé « comme le Ran de Kurosawa » plutôt que comme les jidaigeki télévisés, et le corps qui ne suit plus, ici attesté sur le moment, en pleine série.
Sources
- Hokuto no Ken Special : All About The Man (週刊少年ジャンプ特別編集 北斗の拳SPECIAL ALL ABOUT THE MAN), numéro spécial grand format du Weekly Shōnen Jump, Shueisha, numéro daté du 5 septembre 1986, portrait p. 31 et interview p. 32 (fiche de l’ouvrage). Exemplaire de la rédaction.
Citations traduites et fiche établie par Hokuto Chronicles à partir de la publication originale. Fiche publiée le 20 octobre 2026, mise à jour le 22 octobre 2026. © 2026 Hokuto Chronicles. Toute reprise, même partielle ou reformulée, doit citer Hokuto Chronicles avec un lien vers cette page.
