Comme tous les vendredis, on revisite une gamme de figurines Hokuto no Ken. Cette semaine, retour au milieu des années 1990, à une époque où la licence ne se collectionnait pas en boîte sous blister, mais en sachets de pièces à poncer, coller et peindre.
Avant que l’ère XEBEC et ses action figures n’arrivent, Kaiyodo consacre à Hokuto no Ken toute une gamme de garage kits en résine, dont certains signés Katayama Hiroshi. Des kits à monter et peindre soi-même, que Kaiyodo présentait sur ses boîtes comme des œuvres, la mention « Plastic Art by Hiroshi Katayama » imprimée noir sur crème.
Katayama Hiroshi, consacré à dix-neuf ans par Hokuto no Ken
Le nom que Kaiyodo imprimait sur ses boîtes n’était pas celui d’un sculpteur maison anonyme. Repéré après la parution d’une de ses pièces dans un magazine, Katayama Hiroshi entre chez Kaiyodo à la sortie du lycée et y passe trois années en logeant sur place. Le jour, il travaille à l’atelier de production en série. À partir de dix-huit heures et jusque vers deux heures du matin, il seconde les sculpteurs vedettes de la maison et façonne ses propres pièces.
C’est à dix-neuf ans que sort la figurine Hokuto no Ken qu’il a sculptée, celle qui le fait reconnaître comme prototypiste professionnel. Il restera neuf ans chez Kaiyodo avant de rentrer dans sa région natale, où il exercera dix années durant un tout autre métier, celui de fabricant d’onigawara, ces tuiles ornementales en tuile de Sekishū qui coiffent les toitures traditionnelles japonaises. Il finira par renouer avec Kaiyodo et travaille aujourd’hui en indépendant.
Kaiyodo présente aujourd’hui encore ce sculpteur comme un artiste qui façonne les personnages de Hokuto no Ken depuis 1985, doté d’un talent inné que la marque compare volontiers à celui de Juza des Nuages, et capable d’interprétations que personne ne sait imiter. Un détail résume bien son attachement à Hokuto no Ken : il réalise lui-même jusqu’aux échantillons de peinture de ses figurines, ce qui n’a rien d’une évidence dans le métier.
Le set 1/15
Une partie de la gamme se présente au 1/15, en coffrets réunissant plusieurs personnages. Un premier ensemble rassemble Kenshiro, Rei, Toki, Yuria, Shin et Yuda, ce dernier translittéré « JUDAS » sur la boîte, dans une romanisation alors courante. D’autres sets complètent le casting, réunissant notamment Souther, Amiba et Shu. Chaque figurine mesure une dizaine de centimètres.
La ligne 1/12 et ses versions par arc
Le cœur de la collection est la ligne 1/12 résine, aux boîtes compactes à étiquette saumon. Sa singularité tient à ses versions par arc narratif, Kenshiro y existe en version Shura-hen, tenue de cuir noir, épaulières argentées et lunettes de soleil, comme dans le Pays des Shura, et en version Tentei-hen, des versions issues des derniers arcs que presque aucun autre fabricant n’a jamais retouchés. Autour de lui se déploie un casting que l’on croise rarement en figurine, Kaioh, Ryuga, Hyoh, Ein, Jagi, Falco, Shin, Shu, sans oublier les grands classiques.
C’est là que réside tout l’intérêt de cette gamme pour le collectionneur d’aujourd’hui. Alors que les fabricants modernes privilégient les personnages les plus populaires de la série, cette gamme a pris le temps de sculpter des seconds rôles et des silhouettes de fin de récit dont beaucoup n’ont, depuis, jamais eu droit à une seule autre figurine.
Le Raoh & Kokuoh et le Kyukyoku Raoh
Deux pièces dominent la gamme, toutes deux consacrées à Raoh. La première le montre en selle sur son destrier Kokuoh cabré, cape au vent, un Raoh & Kokuoh-Go au 1/12 qui compte parmi les toutes premières mises en volume du souverain à cheval, bien avant le set 200X de 2006 et la version bois de SpiceSeed. La seconde, le Kyukyoku Raoh, le « Raoh ultime », le représente assis sur son trône de pierre, casque posé près de lui, dans une boîte crème dépouillée, sans le moindre visuel, réduite à sa seule typographie, la pièce d’exposition de la collection.
Une gamme dont les contours restent flous
Établir aujourd’hui le catalogue complet de cette production tient presque de l’exploit. La gamme s’est étalée sur plusieurs échelles et plusieurs vagues de sortie, sans que Kaiyodo n’en ait jamais publié de récapitulatif accessible, et les pièces qui refont surface aujourd’hui le font au hasard des ventes. La sélection présentée ici ne prétend donc pas à l’exhaustivité.
Les trouver aujourd’hui
Ces kits résine circulent sur Yahoo Auctions, Mercari et chez Suruga-ya, le plus souvent sous forme non montée, parfois en montages amateurs de qualité variable. À noter que ces kits circulent fréquemment sous forme de pièces retravaillées par des modélistes. Un œil averti est donc nécessaire pour distinguer un original Kaiyodo d’un custom.
Le prix, lui, dépend moins de la rareté du personnage que de l’état, une boîte complète avec sa notice se paie nettement plus cher qu’un kit entamé, et une pièce montée par un inconnu vaut souvent moins qu’un sachet de résine jamais ouvert. Reste que pour qui cherche un Hyoh, un Ryuga ou un Kenshiro du Pays des Shura en trois dimensions, ces vieux kits demeurent, trente ans plus tard, souvent la seule option.