Wednesday 28 October 2026
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Matsuura Ken, twenty years of sculpting Hokuto no Ken

Matsuura Ken, twenty years of sculpting Hokuto no Ken

Comme tous les vendredis, on revisite les figurines Hokuto no Ken. Après Enoki Tomohide, voici le second de nos portraits de sculpteurs. Celui-ci a mis en volume la fin du monde pendant plus de deux décennies, chez deux fabricants renommés. Il s’appelle Matsuura Ken (松浦健). Depuis vingt ans, son nom s’imprime sur les boîtes de figurines de la licence, et SpiceSeed le présente toujours de la même manière : « poids lourd du métier, qui nourrit pour Hokuto no Ken une passion hors du commun ».

Un sculpteur formé à la mode

Né en 1968, il voulait être mangaka. Sa première sculpture, il la situe au lycée : un Godzilla première version, réalisé pour le concours d’une boutique de maquettes. La deuxième suit de peu, un Bemular, le monstre de l’Ultraman de 1966, façonné pour être vendu au Wonder Festival.

Vient ensuite une formation qu’on n’attend pas chez un sculpteur de figurines d’action. Il entre à l’institut de design Kuwasawa, à Tokyo, en section mode, et passe ses années d’études dans le dessin de vêtements, la confection et l’illustration de mode. Quiconque a regardé de près le cuir de ses statues de Kenshiro ou la cape de Raoh comprendra ce que cette formation lui a apporté.

Ses premiers modelages commerciaux datent de la même époque, à la fin des années 1980, et sortent déjà chez Kaiyodo : Gill Hakaider de Kikaider, et les Udespar α et β d’Inazuman F, en garage kits à l’échelle 1/15. Il n’a jamais été salarié de la maison. La Sculptors Database le résume en une ligne : « environ vingt-cinq ans d’activité comme sculpteur indépendant ».

Vingt ans à sculpter Hokuto no Ken

Son nom apparaît sur Hokuto no Ken en October 2004, avec quatre bustes en polystone peint, les quatre frères du Hokuto, vendus 3 800 yens pièce et réédités l’été suivant dans une seconde mise en couleurs. Puis il travaille sur la gamme 200X en May 2005 avec Bat adulte, et signe la figurine de Kenshiro du coffret où le héros monte Kokuoh, la conception du cheval revenant à Ōtsu Nobuhiko.

Deux ans plus tard, en August et September 2006, il enchaîne avec les bustes des six maîtres du Nanto, à 4 500 yens pièce, qui une fois réunis composent un grand socle de présentation. Sur ces collections comme sur celle des quatre frères, son nom est imprimé en face avant, suivi de celui du coloriste, avec qui il fait équipe.

La même année, Kaiyodo le fait descendre au format capsule, à 300 yens la pièce. Pour accompagner le premier film de la trilogie Shin Kyūseishu Densetsu, il sculpte les cinq références de la Movie Figure Collection, dont la Reina dessinée pour l’écran par Tsukasa Hōjō. Et sur la Capsule Eiyuroku, il signe Shin, Jagi et le Colonel, tandis que Kenshiro revient à Enoki Tomohide et la fausse vieille de l’escouade de reconnaissance à Ōshima Yūki. C’est la première fois que les trois hommes se partagent une gamme, et ses seuls gashapon connus.

Bust Collection Nanto, Kaiyodo

2007 est une année charnière. Kaiyodo lui confie coup sur coup les bustes au 1/6 de Kenshiro et Raoh, en polystone peint, et les dix-sept figurines de la gamme Seikimatsu Gekitoroku. Le descriptif d’époque du buste de Raoh contient une phrase qui nous éclaire sur ses échanges avec les auteurs : le sculpteur et Tetsuo Hara « ont échangé à de nombreuses reprises », et le corps est rendu « jusqu’à la moindre veine ». Suit en March 2008 la Shanghai Buyuroku, avec Kasumi Kenshiro et Ye. Seule incursion de sa carrière du côté de Souten no Ken, mais surtout seule gamme de figurines officielles que la série ait jamais eue.

Vingt-trois références en vingt-six mois

En September 2008, Kaiyodo lance pour les vingt-cinq ans de la série la gamme Hokuto no Ken REVOLUTION. Une figurine par mois, tous les 1er du mois, 145 mm, 2 490 yens pièce, et quatorze revolver joints par figurine, ces rotules crantées qui bloquent la pose. Le texte au dos des boîtes donne le ton, et salue au passage la gamme qui l’a précédée.

Une dizaine d’années après la sortie de Hokuto no Ken 199X, pionnier de la figurine articulée japonaise, les figurines Hokuto no Ken de Kaiyodo adoptent le revolver joint et apportent une nouvelle révolution au secteur. Grâce aux nouvelles pièces d’articulation, le Hokuto no Ken Revo, doté d’une amplitude considérablement élargie et d’une tenue d’articulation écrasante, permet de reproduire les poses des grandes scènes de la série, jusqu’ici impossibles à rendre. (Texte de l’éditeur au dos des blisters, traduit par nos soins)

Ce qui frappe, c’est la régularité. Vingt-trois numéros de September 2008 à November 2010, à peu près un par mois, répartis sur quatre saisons. La première va de Kenshiro à Raoh en passant par Rei, Jagi, Toki et Shin. La deuxième, de March à September 2009, ajoute Uighur, Shû, Souther, les versions du combat final et le coffret Raoh avec Kokuoh. La troisième, sous-titrée l’arc du pays de Shura, aligne Falco, Jûza, Kenshiro de la seconde partie, un guerrier de Shura, Kaioh, et se referme sur Yuria, annoncée comme le premier personnage féminin de la gamme (et qui se révèlera être le seul). Trois dernières figurines suivent en 2010, aux couleurs du jeu Hokuto Musō.

Sur ces vingt-trois boîtes, une seule n’est pas de lui : le No.002, ce membre du gang de Zeed dont le torse et la tête s’ouvrent en deux, sculpté par Ōshima Yūki. Autrement dit, on lui a confié tous les personnages iconiques du récit, et la seule pièce donnée à un autre est un figurant dont l’argument de vente est d’exploser.

Ces masters ont eu une seconde vie. À partir de June 2014, Kaiyodo les ressort sous le label Legacy of Revoltech. D’abord Kenshiro et Rei, puis le Zeed-dan et Jagi, avant sept autres personnages en 2015, Shin et Yuria en mars, Toki et Kaioh en avril, Shû et Souther en May et Kenshiro du dernier combat en juin. Il ne s’agit pas de nouvelles sculptures mais des mêmes pièces, retouchées çà et là, les articulations des poignets étant par exemple simplifiées et renforcées.

Le reste du catalogue

La page de crédits du fabricant le montre par ailleurs sur des terrains inattendus : quatre versions du lanceur de baseball de Gurazeni en 2016, ou encore un chasseur de Monster Hunter en 2017, co-crédité avec Yamaguchi Katsuhisa. Sur d’autres licences, il signe Venom Snake et Raiden de Metal Gear pour la gamme mensHdge d’Union Creative, Mystvearn de Dai no Daibōken, et une bonne partie de Kinnikuman, qu’il cite au même rang que Hokuto no Ken parmi ses œuvres de référence. Vers 2000, il avait aussi réalisé pour Unifive toutes les formes de Kuuga de la gamme Kamen Rider Real Figure.

Fin 2010, on le retrouve dans un tournoi de sculpteurs organisé par Banpresto, le Zōkei Tenkaichi Budōkai, où des modeleurs s’affrontent au vote du public sur des figurines Dragon Ball. Il y concourt sous le nom de scène « Super Naive Z », avec un Kame-sennin, après un Son Goku à l’édition précédente. Son commentaire au dos de la boîte nous éclaire sur sa façon de travailler.

Je suis parti de l’illustration de couverture, mais comme il porte des lunettes de soleil, on ne voit pas ses yeux. Ne sachant pas quoi faire de l’expression du regard, je me suis inspiré du visage de Jackie Chun pour rendre l’ensemble plus amusant. La fois précédente, avec Son Goku, je m’étais trop attaché à l’illustration d’origine, alors j’ai revu ma façon de faire : j’aimerais que même quelqu’un qui ne connaît pas ce dessin se dise, en la voyant, que c’est bien Kame-sennin.

Parmi les six sculpteurs en lice cette année-là figure Ōnishi Kōji, de l’atelier Heavy Gauge, celui qui a sculpté les kits résine Orient Hero Series de Volks. Les deux hommes qui ont donné du volume à Hokuto no Ken chez deux fabricants concurrents se retrouvent adversaires sur la licence Dragon Ball.

SpiceSeed, ou le changement d’échelle

En 2015, un fabricant s’attaque à la licence avec un projet monumental : reproduire l’entrée en scène de Souther, son trône géant tracté par un engin motorisé. Ce fabricant c’est SpiceSeed, et Matsuura est de l’aventure. Suivront Jagi sur sa moto, Raoh sur son trône, Kenshiro, Rei, puis une trentaine de pièces en dix ans. Il rejoint la maison comme salarié en June 2021.

Le changement est d’abord une affaire de dimensions et de prix. On passe de figurines articulées de quinze centimètres à 2 490 yens à des résines de trente centimètres à 60 000 ou 70 000 yens, et à des pièces montées qui dépassent le demi-mètre. Chaque commande demande dix mois de délai.

Les fiches produit décrivent au passage un travail que le lecteur ne soupçonne pas. Sur Jagi, la pose choisie n’existe qu’en buste dans le manga, tout le bas du corps a dû être inventé. Sur la statue de Raoh assis sur son trône, c’est le dos du siège, que le dessin ne montre jamais, qu’il a fallu créer. Sur Toki, ce qui a demandé le plus de reprises n’est pas l’anatomie mais l’expression, « ce quelque chose d’indicible dans le regard, qui n’appartient qu’à Toki ».

Quand l’auteur reprend le sculpteur

La pièce qui compte le plus dans sa carrière est la statuette de Raoh et Kokuoh de SpiceSeed. Un entretien publié en July 2023 en raconte la fabrication en détail. Le point de départ est la couverture du volume 11 de l’édition Kyūkyoku-ban, parue en 2014, dont il s’écarte volontairement : la patte avant levée devient la droite, tandis qu’une torsion du cou vient dynamiser la crinière. Celle-ci s’inspire de Last Piece, le récit spécial paru en 2014 dans le Monthly Comic Zenon, où Kokuoh est dessiné crinière déployée. Pour obtenir le même effet mais en trois dimensions, il finira par la découper en seize pièces.

Puis vient la supervision. Elle se fait par échange d’images, Covid oblige, et Tetsuo Hara intervient directement sur les photos du prototype, traçant des lignes rouges pour indiquer ses corrections. Le contour de tête qu’il dessine dépasse largement celui du corps existant. Verdict : le volume est insuffisant, et « de très loin ».

À ma grande honte, ce que j’ai fait au départ n’a presque rien à voir avec le Kokuoh actuel. […] J’ai réappris la difficulté du modelage de personnage. Chacun porte en soi son image du personnage, ses proportions, son volume.

Suivre ces lignes à la lettre aurait fait exploser l’échelle de la pièce. Il contourne donc le problème, réduit la tête pour que le corps paraisse plus imposant, puis épaissit la musculature. Sans succès : les corrections reviennent, et l’équipe du studio en réclame davantage elle aussi. Il repart donc de zéro et refait le squelette.

Le reste tient de l’artisanat pur. La cape flottante, qui exigerait normalement un tuteur, est modelée de façon à retomber sur le dos du cheval, et tient sans support. Le casque est une création originale, réalisée d’après un croquis de Hara. Tout est modelé à la main, ornements compris, sans agrandissement par scan, le master a été sculpté directement à la taille du produit, en Sculpey et en pâte de pierre.

Pendant le travail, chaque fois que mon regard croisait celui de Raoh, je me disais que c’était sans doute ainsi que Rei le voyait. […] J’y ai mis un temps déraisonnable, hors de tout bon sens.

La pièce à part

En June 2026, SpiceSeed a ouvert les commandes d’une statue de Raoh et Kokuoh monumentale, sculptée dans le bois, soixante-dix centimètres de large pour un million de yens hors taxe, livrable douze mois plus tard. Le master est de Matsuura, et des artisans de la sculpture sur bois le retaillent d’après lui. SpiceSeed résume la pièce en une phrase : à chaque coup de gouge, graver la suprématie.

Entre les bustes de 2004 à 3 800 yens et cette pièce à un million, il y a vingt-deux ans, deux fabricants et une centaine de références. Mais c’est le même homme, avec le même amour de la licence et la même exigence de fidélité.

Neuf heures de travail par jour et les problèmes qui vont avec

Sa fiche dans la Sculptors Database décrit son métier très concrètement. Neuf heures de modelage par jour. Un fauteuil Ergohuman, dont il ne lâche pas les accoudoirs, parce qu’il a mal au dos. Des néons en plus des LED, qui ne suffisent pas à éclairer ce qu’il fait. Et pour la matière, du Super Sculpey, du Sculpey Premo et de la pâte de pierre Fando. Sa méthode tient en quatre temps : documentation et croquis pendant deux ou trois jours, validation de la taille et de la pose en interne, modelage revu plusieurs fois avec le studio, puis corrections jusqu’à l’accord de l’ayant droit. Un à deux mois par pièce, selon la taille.

L’homme derrière les colosses

Quand on lui demande ce qui compte le plus dans son travail, il répond « imaginer, faire grandir le personnage dans sa tête ». Quand on l’interroge sur son ambition, il répond d’une formule : rester en activité jusqu’à la mort.

Un producteur de télévision qui a supervisé l’un de ses prototypes en 2010 en donne le portrait le plus juste : « Matsuura fabrique quantité de figurines de gros bras à la mine patibulaire, mais lui-même est quelqu’un de très calme, débordant de sincérité ». Le même racontait l’avoir vu graver de minuscules idéogrammes sur une tête de figurine d’un centimètre, un travail « à torticolis garanti » qui demande « une technique et un cran considérables ».

En June 2025, SpiceSeed va interroger Riku Sanjō, le scénariste de Dragon Quest, la Quête de Daï, et Matsuura participe à l’entretien aux côtés du président du studio. Il y glisse une phrase qui résume son parcours mieux qu’un curriculum : enfant, il lisait ces mangas dans le Jump, et il se dit heureux d’en faire aujourd’hui des figurines pour vivre.

Ce que les catalogues ne montrent pas

On classe les figurines par marques et par gammes. Elles se rangent tout aussi bien par sculpteurs, et l’histoire de la licence se lit sous un autre angle. Yamaguchi Katsuhisa invente le système d’articulation qui porte son nom, Enoki Tomohide tient la gamme 200X, Matsuura Ken prend le relais au milieu des années 2000 et ne l’a plus lâché depuis. Trois hommes, une même licence, une continuité que les catalogues ne montrent pas.

Entre le descriptif de 2007 du buste de Raoh, où le sculpteur et l’auteur « ont échangé à de nombreuses reprises », et les lignes rouges de Hara seize ans plus tard, rien n’a changé. C’est peut-être la meilleure définition du métier : mettre un dessin en volume, et accepter que celui qui l’a dessiné vous demande de recommencer.

Sources

  • Fiche biographique et questionnaire, SCULPTORS Database, 7 September 2023 : sculptors.jp
  • Entretien sur la fabrication du Raoh et Kokuoh, Sculptors Labo, 4 July 2023 : sculptors.jp
  • Boîtes et prospectus de la gamme Hokuto no Ken REVOLUTION, Kaiyodo et Hobby Stock, 2008-2010.
  • Fiches produit de la boutique SpiceSeed : spiceseed.jp
  • Crédits produits officiels Kaiyodo, page de l’auteur : kaiyodo.co.jp
  • Blog officiel de la série Daimajin Kanon, billet du producteur Takadera, December 2010.
  • Entretien avec Riku Sanjō mené par SpiceSeed, blog du studio, June 2025.
  • Dos de boîte Dragon Ball SCultures BIG, Zōkei Tenkaichi Budōkai 3, Banpresto.
  • Fiche produit du buste 1/6 Raoh, descriptif d’époque relevé chez AmiAmi, référence HOB-FIG-7088.
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