mercredi 28 octobre 2026
Goodies

Bandai et Hokuto no Ken en 1985 : les premiers jouets de la licence

Bandai et Hokuto no Ken en 1985 : les premiers jouets de la licence

Comme tous les vendredis, on revisite les figurines Hokuto no Ken. Cette semaine, retour en 1985 : en douze mois, Bandai décline la licence sept fois, sous deux enseignes différentes, puis ne s’y intéresse plus avant les gashapons des années 2000.

Une maison en pleine mutation

Pour comprendre ce qui se passe en 1985, il faut remonter deux ans plus tôt. En mars 1983, Bandai absorbe d’un coup sept sociétés de son groupe, dans le cadre d’une restructuration menée en vue de son entrée en Bourse, qui aura lieu en janvier 1986.

Parmi elles, deux maisons aux cultures très différentes. Popy, filiale fondée en 1971, est la marque du jouet de personnages, celle des Chogokin. Bandai Mokei est la branche maquettes, qui sort tout juste du raz-de-marée Gunpla et pèse déjà davantage que Popy l’année précédant la fusion. Les deux deviennent alors des divisions internes, ポピー事業部 et ホビー事業部, installées à la même adresse de Komagata, dans l’arrondissement de Taitō à Tokyo.

Quand Hokuto no Ken arrive à la télévision, en octobre 1984, Bandai est donc une entreprise en pleine mutation, où cohabitent deux façons de concevoir les produits dérivés. Les deux divisions vont s’emparer de la licence en même temps, chacune avec ses méthodes et son savoir-faire. Cinq des sept gammes lancées en 1985 sortent sous la mention Popy, deux sous la mention Hobby. Reste une question à laquelle les sources disponibles ne permettent pas de répondre : les deux divisions travaillaient-elles de concert ou chacune de son côté ?

Une licence qui vient de la série TV

Un détail revient sur les boîtes, sur les notices et, en abrégé, jusque sous le pied du sofubi : le copyright ©武論尊・原哲夫・集英社・フジテレビ・東映動画. Fuji TV et Tōei Dōga sont partout. La licence de 1985 passe par l’anime, et les illustrations des boîtes, réalisées dans le style de l’animation, le montrent au premier coup d’œil. Plusieurs pièces portent en outre le sceau d’approbation de licence de Tōei Dōga, un autocollant numéroté : 16 sur la boîte du Zenshin Kadō Kenshiro, 18 sous la semelle du sofubi. C’est bien le studio d’animation qui valide.

Le choix des personnages suit lui aussi la série. Les kits Real Scale Model sortent en février et mars 1985 avec Shin puis Rei, tandis que les Battle Model arrivent en juin avec Joker (personnage exclusif à l’anime), Jackal et Amiba. Le kit de février est aussi, à ce jour, le plus ancien jouet Hokuto no Ken documenté sous licence officielle. Rien n’a été retrouvé entre le début de la diffusion, en octobre 1984, et sa sortie, ce qui ne signifie pas que rien n’a existé avant.

Côté Hobby, on apprend à peindre

La division Hobby ouvre le bal avec les Real Scale Model, quatre maquettes en plastique à monter et à peindre soi-même : deux duos au 1/20, puis deux Kenshiro au 1/12. Le format est celui des Gunpla, mais peindre une figurine n’est pas la même chose que peindre un robot, et Bandai prend les devants. Chaque notice contient ainsi un tutoriel, le Figure Technique Kōza, dont le feuillet du deuxième kit porte la mention « PART 2 » : poncer les lignes de jonction, fabriquer un pinceau fin, ombrer un visage selon la lumière. Sur l’un des exemplaires, un ancien propriétaire a même recopié ses mélanges de couleurs au stylo bleu, preuve que le cours a servi. Des cartes à collectionner numérotées en continu et des planches bonus complètent l’ensemble.

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En juin, la même division renverse sa propre logique avec les Battle Model. Fini le maquettisme, place au jeu : trois figurines par boîte, sans colle, avec des têtes et des bras en résine souple que l’on peut étirer à volonté, armes fournies. La notice remplace le cours de peinture par une page de mode d’emploi dessinée comme un manga, où l’on voit Jackal encaisser le poing de Kenshiro. Six personnages, deux boîtes, et la gamme s’arrête là.

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Côté Popy, on rejoue les mises à mort

La division Popy, elle, fait ce qu’elle a toujours fait : du jouet. Le Zenshin Kadō Kenshiro, une figurine entièrement articulée à 1 980 yens, promet sur sa boîte : « reproduis parfaitement les techniques fatales de Kenshiro entre tes mains », et son dos les met en scène comme un manuel d’arts martiaux.

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Un grand sofubi de trente-deux centimètres l’accompagne, dans la tradition des vinyles de héros télévisés que Bandai produit alors à la chaîne. Un jouet creux de deux cent cinquante grammes, à la sculpture naïve, qui porte sous un pied le marquage moulé des ayants droit et sous l’autre le sceau de licence de Tōei Dōga. C’est peut-être la toute première figurine Hokuto no Ken, mais rien ne permet de la dater plus précisément.

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Puis viennent les scènes. Les dioramas Sakuretsu Ōgi, à 1 600 yens, figent Kenshiro et sa victime au moment de l’impact. Le Saikyō Higi Set, à 1 000 yens, fait de même en vinyle peint, avec cinq références annoncées dont deux seulement sont attestées. Le dos d’une boîte Sakuretsu Ōgi porte l’avertissement complètement décalé : ne reproduisez jamais Hokuto no Ken chez vous. Ces dioramas de mise à mort étaient bel et bien des jouets pour enfants.

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Restent les coffrets Jigoku no Kenshi, à 1 200 yens, qui alignent en mini-figurines monochromes les sbires voués à l’explosion, dans le format des gommes de personnages que Bandai avait lancé deux ans plus tôt avec les capsules Kinnikuman. Là où toutes les autres gammes célèbrent Kenshiro, celle-ci ne vend que ses victimes.

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Une licence parmi tant d’autres

Un catalogue Bandai d’époque montre trois de ces gammes sur une même page, avec leurs prix, entre un robot et un Valkyrie de Macross. Hokuto no Ken est une licence parmi d’autres dans l’offre du moment. Le catalogue précise aussi, en petits caractères, que les photos montrent des exemplaires mis en couleur pour l’occasion. La mention revient sur les boîtes des Battle Model, sur les tranches des Real Scale Model, sur les coffrets Sakuretsu Ōgi : en 1985, chez Bandai, presque tout se vend brut, et c’est à l’acheteur de peindre.

Le catalogue Bandai d’époque : trois gammes Hokuto no Ken, trois prix, et Macross à côté.

Ce catalogue est aussi la seule source de prix qui subsiste. Pour les quatre autres gammes, aucun prix n’est imprimé nulle part, ni sur les boîtes, ni sur les notices, et le prix de vente reste inconnu. Aucun sculpteur n’est crédité non plus, sur aucune des sept gammes. C’est l’époque qui veut ça : en 1985, un jouet n’a pas d’auteur.

Plusieurs gammes et puis s’en va

Sept formats en une année : la maquette, le jouet articulé, le sofubi, le diorama, la gomme, le kit à emboîter, la scène en vinyle peint. Aucun n’a fait souche. Bandai ne revient sur la licence que dans les années 2000, avec des gashapons de six centimètres, puis par les prize figures de Banpresto, passées depuis sous l’enseigne Bandai Spirits. Entre-temps, ce sont Kaiyodo et d’autres qui auront construit la figurine Hokuto no Ken.

Pourquoi l’élan de 1985 s’est-il arrêté net, aucune source ne l’explique. On peut seulement rappeler que Bandai s’apprêtait alors à entrer en Bourse et que les Gunpla pesaient déjà lourd dans sa division Hobby. De cette année-là, il ne reste que ce qui passe encore sur Yahoo! Auctions, Mercari ou Suruga-ya, des boîtes souvent abîmées, rarement complètes, qui traversent difficilement quatre décennies.

Sources

  • Boîtes et notices des sept gammes : pavés éditeurs, copyrights, sceaux de licence, codes d’impression. Détail dans chaque fiche.
  • Catalogue Bandai d’époque, page jouets, bloc Hokuto no Ken : prix des gammes Sakuretsu Ōgi, Zenshin Kadō et Jigoku no Kenshi.
  • Figure Oh n°34, World Photo Press, juillet 2000, page 22 : inventaire des jouets Popy épuisés, prix du Saikyō Higi Set.
  • Chroniques d’entreprise Bandai et notice Popy de Wikipédia japonais : fusion de mars 1983, entrée en Bourse de janvier 1986, capsules Kinnikuman d’avril 1983.

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